Est-ce qu'un jeu peut dater de plus de 20 ans, et quand même nous surprendre et nous apporter un vent de fraicheur insoupçonnée ? Réponse dans ces lignes !
Princes of Italia
Les Princes de Florence vous met dans la peau d'une famille influente italienne qui a bien l'intention d'en mettre plein la vue aux concurrents en faisant réaliser les œuvres les plus majestueuses. Et pour attirer les artistes les plus incroyables, il va falloir les convaincre de venir bosser dans votre palais, en l'agençant de telle sorte qu'il corresponde à un minimum de leurs critères de confort (type de bâtiment, d'éléments extérieurs, etc...). Des ressentis que vous pourrez améliorer en embauchant des saltimbanques ou en jouant divers cartes bonus.
Chacun des 7 tours que comptent une partie débute toujours par une phase d'Enchères où les joueurs vont pouvoir acquérir un des 6 avantages disponibles du jeu. Il y a d'abord trois tuiles paysage différentes, qui génèrent quelques points de victoire en cas de redondance dans votre palais et permet de combler des espaces entre les bâtiments, qui ne peuvent pas être adjacents les uns les autres en début de partie. On y trouve aussi des cartes Prestige (objectifs de fin de partie) et Recrutement (pour chiper des contrats réalisés par ses adversaires), mais aussi des jetons Saltimbanques et Architectes offrant des bonus permanents divers.
La phase d'Enchères à proprement dite suit un ensemble de règles assez strictes. Un participant ne peut acquérir qu'un élément par tour, ce qu'il fait qu'il sera écarté de toutes les enchères suivantes jusqu'à ce que tous les joueurs aient récupéré un objet. C'est toujours le premier joueur (qui tourne à chaque manche) ou le joueur encore actif le plus proche de lui sur sa gauche qui choisit l'avantage mis en jeu et le met aux enchères avec une mise initiale de 200 florins.
Puis, dans le sens des aiguilles d'une montre, les joueurs doivent ensuite décider de surmiser100 florins ou passer pour attendre un autre objet et ce, jusqu'à ce que l'objet soit attribué. Et il faut savoir qu'une fois qu’un type spécifique d’objet a été acheté, personne d’autre n'a le droit de le récupérer jusqu'à la fin du tour.
Après cette phase vient la phase d'Actions, où chaque mécène, en partant du jeton premier joueur, peut réaliser 2 actions parmi 5. Récupérer une tuile Bâtiment (contre 700 florins sans Architecte) ou un jeton Liberté permettent de rendre son palais plus attractif, quand prendre une carte Profession offre un contrat d'artiste supplémentaire à jouer, et une carte Bonus des facilités pour finir de convaincre des artistes.
Mais c'est lorsque vous réaliserez des œuvres que vous pourrez engranger le plus de points de prestige. Pour cela, il faudra faire en sorte que la valeur en Couronnes de votre carte Profession soit au moins égale à celle de la manche en cours. Avoir le type de bâtiment, de paysage et de Liberté apportent respectivement 4, 3 et 3 points de Couronnes, auquels vous rajouterez 2 points par jeton Saltimbanque, 1 point par carte Profession ou Recrutement en votre possession, et l'éventuel bonus d'une carte du même nom.
Le joueur peut alors empocher 100 Florin par point de Couronnes obtenu, mais peut aussi décider de gagner plusieurs points de victoire à la place pour un ratio de 1 pour 200 florins. Avec toujours dans le coin de la tête qu'un joueur qui a réussit la plus belle œuvre d'une manche reçoit un supplément de 3 points de victoire !
Florence d'Arabie
Bon on ne va pas se mentir, Les Princes de Florence accuse un peu le poids des âges sur plusieurs aspects mécaniques.
Entre l'aspect extrêmement punitif de la gestion de son argent, quelques objets qui semblent assez indispensables pour gagner (ou au moins survivre), un mini effet win-to-win (partir mal c'est jamais bon) et une certaine "répétitivité dans l'effort", le jeu pourra paraître un peu désagréable aux plus modernistes qui ne jurent que par 5 axes de scoring différents et un grain de sable surprise à chaque tour.
Pour autant, Les Princes de Florence réussit, même vingt ans après sa première apparition et toujours exactement avec le même gameplay, a généré une très agréable impression de n'avoir jamais joué à un jeu de ce type.
Il faut dire que l'association enchères et Eurogame, complètement nouvelle à l'époque, n'est pas beaucoup plus courante aujourd'hui. Et le mieux, c'est que ce mix détonnant entre interaction directe et développement de partie extrêmement serrée (on ne prend au final que 21 décisions !) offre ici le terrain idéal pour à la fois réussir des coups tactiques gratifiants, qu'obliger à se réinventer continuellement par les surprises qu'occasionnent la première phase de chaque tour.
Le système d'enchères utilisé reste d'ailleurs pour moi un modèle du genre. Il y a déjà ces mises à palier fixe et la limite d'un objet récupéré par manche, qui empêchent tout à la fois toute surenchère facile, déséquilibre des chances tout en permettant de vraiment jouer de sa position et des précédentes acquisitions afin de réaliser les hold ups les plus satisfaisants.
J'adore aussi beaucoup cette composante dans Les Princes de Florence pour le fait que chaque décision prise ici peut avoir des répercutions aussi positives dans votre stratégie long terme (vous le verrez quand vous aurez réussi à piquer 3 architectes) que négatives sur votre tour d'Actions à venir, surtout si vous dilapidez tout votre pécule. L'optimisation de polyominos s'avère elle peut-être moins fun que dans d'autres jeux récents, mais elle est compensée par une conquête de cartes Profession assez prenante, doublée d'une quête de cartes Prestige qui peut vraiment retourner des parties !
Côté contenu, les "anciens" seront ravis d'apprendre que le jeu revient avec son mode semi-coop (les plateaux sont retournés et accolés, avec la possibilité d'investir à deux dans des bâtiments qui chevauchent les deux propriétés), une extension rajoutant des cartes personnages et une deuxième phase d'enchères, et un tout nouveau mode solo. De quoi assurer d'y revenir plusieurs fois sans impression de "déjà-vu" trop prononcé ...
Et côté édition, Les Princes de Florence a subit un gros lifting visuel que l'on accepte avec grand plaisir (n'allez pas jeter un œil à l'ancienne édition, vraiment ....). Il embarque aussi un thermoformage cartonné dans la boîte très pratique, la possibilité de choisir à chaque fois entre un homme et une femme (toujours un plus pour l'inclusivité), et permet désormais aux joueurs de profiter d'un véritable effort sur l'ergonomie générale.
Que ce soit sur le plateau général, les plateaux individuels, les aides individuelles ou les cartes, tout est fait pour rappeler les différentes subtilités de règles. Et j'aime beaucoup tout ce qui est fait pour permettre, en un coup d'œil, de voir si vos Artistes sont "compatibles", voir s'il vous reste une chance de tomber sur des bonnes cartes dans le paquet. Un confort plus qu'appréciable !
Difficile donc de ne pas conseiller Les Princes de Florence, surtout si vous aimez vous replonger dans l'histoire du jeu de société. Et si d'aventure vous aimez les cocktails surprenants et que vous pouvez être 4 ou 5 à table (indiscutablement les meilleures dispositions pour en profiter pleinement), il y a quand même de grandes chances que vous passiez un chouette moment dans ce petit bout d'Italie !

