Est-ce que vous avez dans votre ludothèque un jeu que vous détestez autant sortir que vous adorez y jouer ? Moi c'est désormais Planet Unknown, la grosse sortie de l'année de chez Origames. Et je vous explique pourquoi dans ces lignes !
Another Brick in the Void
Planet Unknown est un jeu de construction qui consiste à placer des pièces polyominos sur une grille représentant votre planète d'accueil. Vous obtiendrez la majorité de vos points en essayant de remplir un maximum de lignes et de colonnes, mais vous pourrez aussi en gagner en récupérant des capsules, en faisant grimper vos pistes de développement ou en réussissant mieux que vos voisins directs les objectifs partagés placés au départ entre les joueurs. .
La grosse originalité du titre vient de sa Susanne Paresseuse (Lazy Susan en anglais), nom générique donné à un plateau tournant facilitant la distribution de contenus divers (habituellement de la bouffe). Celui venant avec le jeu contient toutes les tuiles rangées par forme, offrant en tout 6 axes contenant chacun 2 zones de sélection, et qui est placé au centre de la table en même temps que des marqueurs joueurs sur son contour extérieur, en respectant la meilleure équidistance possible.
Pourquoi un tel dispositif ? Car le plateau tournant permet au joueur actif de décider de l'axe dans lequel il va choisir sa tuile (en tournant le plateau à sa guise), tout en imposant à chacun de ses adversaires de prendre une tuile dans l'axe faisant face à son marqueur de couleur.
Une fois la sélection simultanée réalisée, tout le monde place sa pièce, puis on repart pour un tour après que le joueur actif ait passé son jeton commandant à son voisin de gauche. Et dans les dilemmes récurrents qui ne manqueront pas de jalonner sa partie, le joueur aura plusieurs critères à prendre en compte.
Les négatives viennent essentiellement des contraintes de pose de Planet Unknown. On doit commencer la partie obligatoirement sur un des bords du plateau, et ensuite toute tuile ajoutée ensuite doit être forcément adjacente orthogonalement à une autre déjà placée (au moins jusqu'à ce qu'une éventuelle capacité vienne la contredire). Ensuite, il faut aussi savoir que certaines tuiles affichent un symbole météorite qui impose d'ajouter dessus un jeton du même nom dessus plutôt fâcheux, puisqu'il empêche de scorer chaque rangée horizontale ou verticale en possédant au moins un.
Par contre, chaque tuile affiche dans tous les cas deux couleurs majoritaires qui permettent d'avancer d'un cran sur les pistes de progression correspondants. Il y a une couleur joker, qui permet de copier une couleur de tuile en contact, et cinq couleurs liées chacune à une piste d'évolution personnelle venant avec une subtilité de gameplay en cohérence avec son nom.
La Piste Civilisation permet, à chaque palier franchi, d'aller choisir dans un paquet de carte de niveau correspondant pour un avantage immédiat ou un modificateur de scoring final, quand la piste Technologie offre de débloquer des avantages directement imprimés sur le plateau.
La piste Biomasse génère elle, régulièrement des tuiles 1x1 bien utiles pour combler les lacunes de votre remplissage, quand la piste Eau ne fait rien en elle-même, mais ne peut progresser que si une zone d'eau est placé en contact avec une illustration glace de votre planète. Reste à évoquer la piste Rover, qui permet d'ajouter jusqu'à 2 véhicules sur sa planète et les déplacer.
Ces Rovers s'avèreront bien utiles en partie, puisque ce n'est que comme cela que vous pourrez récupérer les météorites, mais aussi collecter les capsules de vie pour quelques points supplémentaires lors du décompte final.
Une fin d'une partie de Planet Unknown se déclenche quand deux types de tuiles ne sont plus disponibles sur la Lazy Susan, ou plus habituellement quand un joueur récupère une pièce qu'il ne peut pas placer sur sa planète. Suffit alors de noter pour chaque ligne et colonne complète et sans météorites de sa planète le nombre de médailles associées, y ajouter les points de modules de vie et de météorites collectés, vérifier les éventuels points offerts par ses cartes d'objectif et de Civilisation, et le plus haut total l'emporte, tout simplement !
Be My Rover
L'effet Tetris. On a beau se dire que ce jeu est daté, que l'on ne fait qu'optimiser un espace restreint en essayant tant bien que mal de gérer l'afflux de pièces, que l'on est aujourd'hui un gamer moderne qui vit avec son temps, qu'un voit le jeu tourner sur une plateforme et qu'on soit happé pour la soirée.
Planet Unknown c'est tout pareil : On voit bien que le thème est plaqué, on s'agace de voir des mécaniques aussi simplistes dans un enrobage aussi tape-à-l'œil, on sait que l'on ne va faire que placer des tuiles et monter des pistes, mais le jeu joue tellement bien de ses atours foncièrement bestiaux pour nous donner envie une envie furieuse d'y retourner régulièrement.
Car on ne va pas se le cacher, finir plus haut que ses adversaires sur une ou plusieurs pistes offre un sentiment de complétion extrêmement satisfaisant. Mais pas autant que réussir l'assemblage parfait de pièces difformes, qui chez la plupart d'entre nous joueurs est peut-être la sensation ludique le plus grisante qui soit.
Et cette tension neuronale ultra positive, Planet Unknown réussit à le maintenir toute la partie grâce à son gameplay simultanée, qui permet au tempo de ne jamais fléchir, et à la présence d'une interaction indirecte plutôt malicieuse à qui saura jeter un œil averti sur le jeu de ses voisins avant d'orienter le plateau de fromage (nom officiel donné par ma communauté de joueurs).
Avec tout cela, on fait quand même vite le tour du jeu de base de Planet Unknown. Mais la boîte à le mérite d'embarquer pas mal de petites extensions comme un système d'événements et des objectifs privés. Et ça, c'est sans parler de la double surcouche d'asymétrie, car vous pourrez non seulement utiliser des corporations différentes (qui changent la façon d'appréhender les pistes et les technologies imprimées), mais aussi utiliser les faces recto des Planètes pour subir des contraintes uniques.
Alors c'est sûr, vous perdrez complètement l'équilibre des chances en la jouant personnalisation à fond, et la mauvaise foi légitime aura vite fait de pointer son nez sur certaines tables trop "serious-gamer". Mais par contre vous gagnez avec tout ça une rejouabilité assez dingue, avec la possibilité de tester une petite centaine de configurations uniques avant d'en faire le tour. Et avec des règles qui s'expliquent en quelques minutes et une immédiateté logique assez marquée, vous en aurez des occasions de sortir la boîte, je peux vous l'assurer !
Space Anomaly
Mais faut quand même qu'on cause des défauts principaux du jeu, qui concernent majoritairement ... le travail d'édition général.
Déjà, on ne peut pas dire que Planet Unknown est un modèle d'élégance. Mis à part les planètes qui ont toutes une vraie "gueule" et les éléments en bois qui font premium, tout le reste fait très cheap, entre les Rovers aux finitions particulières et une majorité de visuels qui font plus Clip Art du début du siècle que travail d'artiste (et la couverture de la boîte ne fait rien pour enlever cette impression). Même le plateau de fromage, censé être le plat de résistance rétinien du menu, donne plus l'impression avec ses tons très froids et sa coque quelconque de tourner une jante de voiture qu'un distributeur de pièces de jeu cool.
Mais je crois que le comble du mauvais goût est à chercher du côté des cartes, juste laides, autant par leurs polices d'écriture que par la tristesse visuelle qu'elle amènent à table. La lisibilité est là et cela reste le principal, c'est certain, mais elles n'aident vraiment pas à vendre un thème déjà clivant de base, et dont tous les poncifs visuels négatifs sont malheureusement sublimés dans cette proposition.
Et puis ... il y a ce plateau tournant, pourtant pratique, que ce soit pour la mise en place ou la fluidité en partie. Mais pourquoi ne pas avoir prévu un couvercle ?
Car si vous avez l'habitude de ranger vos jeux à la verticale comme chez moi, vous êtes sûr de retrouver toutes les pièces en désordre à la réouverture de la boîte. Quand vous devez passer 20 minutes à les remettre dans les bons emplacements, en vous demandant toutes les 30 secondes si vous n'allez juste pas tout remettre dans l'état à l'intérieur et sortir un autre jeu, c'est rageant, surtout dans un titre à 65 balles.
Si j'avais une baguette magique, je sacrifierai volontiers le plateau par des boîtes à placer sur la table et une mini roue de sélection customisable, surtout si j'y gagne 20 euros sur l'ensemble et des trous dans mes pistes. Car les pistes doubles couches, juste indispensables vu leurs importances dans le gameplay, ne peuvent être retrouver que dans la version Deluxe à ... 130 euros ...
Vous comprenez maintenant ma phrase d'introduction de l'article. Mais pour autant, je n'ai pas envie de me séparer de Planet Unknown. Car une fois le jeu en place, une fois que l'on commence à tourner le plateau, on est pris dans sa construction, on s'amuse, sans se soucier des visuels moches et d'un plateau tournant qui va être en bazar dans la boîte après.
N'est ce pas là finalement tout l'essence d'un excellent jeu ?

