Enfant, j'adorais organiser des affrontements entre mes jouets. Envoyer des tonnes d'astronautes Legos sur mes shérifs Playmobil (je n'aimais pas l'autorité, déjà à l'époque), déclencher un combat équestre entre les Petits Poneys de ma petite sœur et mes vieux chevaux en plastiques chinois (mon côté écologiste niais qui ne comprenait pas que cela venait de la même usine), ou permettre à ma Barbie sociale-démocrate de se venger du patriarcat sur mon Action Man pro-capitaliste (oui j'étais avant-gardiste), ... c'est tout une époque désormais révolue qui me rend nostalgique à chaque fois que je me ballade dans les rayons de mon hypermarché préféré.
Jusqu'au jour où j'ai découvert, au détour d'une coursive sombre de l'édition 2025 du festival des jeux de Cannes, Toy Battle. Pour un retour en enfance définitif ?
Buzz l'Éclair à la rescousse !
Toy Battle est un jeu d'affrontement et de conquête de territoire pour deux joueurs mettant en scène des jouets d'un bac d'enfant. Avant de procéder au duel, il faudra au préalable choisir l'un des 8 terrains de jeu disponibles dans la boîte, imposant chacun une ou deux contraintes particulières en plus des règles traditionnelles. Puis, une fois votre couleur de joueur choisie, il faudra mettre de côté, sans les regarder, quatre tuiles Troupe avant d'en piocher 3 pour le premier joueur, et 4 pour le second, avant d'enchaîner chacun une action jusqu'à la décision finale.
Il y a deux manières de l'emporter dans Toy Battle : Atteindre le quartier général adverse, en créant une chaîne ininterrompue depuis votre lieu de départ, ou remporter un nombre de jeton Médaille dépendant du terrain sélectionnée. Et pour mener à bien votre mission, il faudra, à votre tour, choisir entre piocher deux troupes de votre réserve et les mettre sur votre chevalet, ou placer une de vos troupes sur le plateau et déclencher son effet (si possible).
Si vous optez pour le recrutement, sachez que votre chevalet est limité à 8 emplacements. Concernant l'option offensive, il faut savoir que vous ne pouvez placer votre tuile que sur une base vide, une base que vous contrôlez, une base occupée par une troupe adverse de force strictement inférieure à la vôtre, ou sur le quartier général de votre concurrent (vous ne pouvez jamais occuper le vôtre).
Dans tous les cas, vous êtes toujours obligés de respecter un chemin continu entre la base choisi et votre propre quartier général, avec une troupe à votre couleur placée au dessus de chacune des bases du trajet (à part pour le Singe, qui peut se téléporter n'importe où sur le plateau).
D'ailleurs côté pouvoirs de tuiles, il y en a pléthore dans Toy Battle : Du Cap'taine (soldat) qui permet de rejouer immédiatement, au Mastok (chevalier) qui chasse une tuile adjacente, en passant par le Skully (squelette) qui permet de piocher deux nouvelles tuiles et au Kwak (canard en plastique) qui peut écraser n'importe quelle valeur, les effets sont nombreux, et variés !
Tu n'es pas qu'un jouet en plastique
S'il y a bien une chose que l'on peut affirmer en parlant de Toy Battle, c'est qu'on est sur de la "bête à concours".
Le produit, en lui même, est déjà parfaitement bien pensé. Entre les mini boîtes de rangement qui joue la praticité, les chevalets en bois luxueux, les pièces cartonnées qui respirent la solidité et le contenant dimensionné au millimètre près, un vrai sentiment de qualité émane de la composante physique du petit dernier de chez Repos Prod.
Et le gameplay n'est pas en reste : Immédiat, incisif, sans fioritures, les qualités du titre explosent au visage dès les premières secondes de jeu. S'il y aura une petite partie de chauffe nécessaire pour appréhender les pouvoirs de tuiles, la contrepartie s'avère fructueuse, avec un arbre permanent de choix décisifs qui animera comme il se doit des parties aux format condensé (15 minutes grand maximum) et qui invitent souvent à la revanche.
Car l'autre grande réussite de Toy Battle, c'est indéniablement la présence de quatre plateaux recto-verso, qui décuple l'envie de revenir par les différences d'approche que chaque terrain de jeu propose. Il ne faudra pas chercher la révolution en passant d'un plateau à un autre, qui ne vont souvent que faire varier la capacité de certaines capacités de bases de passage, en plus bien sûr de la topographie des lieux. Mais cela suffit largement à apporter un vent de fraîcheur entre deux parties, et vous aurez de toute façon envie de les enchaîner le premier jour rien que pour découvrir les surprises offertes par chacun des terrains d'affrontement de la boîte.
Vers l'infini et l'au delà !
Après, la perfection ludique n'existe pas, et Toy Battle souffre selon moi d'un défaut pas anodin : Son hasard un peu trop impactant.
Récupérer dès le départ une ou deux tuiles qui permettent de piocher pour remplir son chevalet à moindre coût, tomber rapidement sur les deux tuiles qui offrent de rejouer pour réaliser un rush sournois vers la victoire, ne jamais réussir à tirer des tuiles "défensives" quand l'adversaire est à quelques pas de son QG ... il arrive souvent ce moment désespérant durant lequel Toy Battle n'assure pas l'équilibre des chances mécaniques que l'on souhaiterait d'un jeu typé abstrait.
Les control-freak, avides d'affrontement où le neurone fait loi, passeront vite leur chemin. Mais pour les autres, qui accepteront les "aléas du direct", la frustration ne durera heureusement que quelques secondes. Et les joueurs se laisseront vite rattraper par la "funitude" de ces combats de jouets qui ont surtout pour but de faire passer un bon moment, tout en prenant quand même au sérieux la convocation express dans la baignoire ou la pelouse du jardin familiales.
Et au final on ne peut que se rendre à l'évidence : Toy Battle a toutes les caractéristiques du "banger" qui devrait se vendre par palettes entières. Tant sa couverture Toy Storytienne donne envie d'être jouée ... Tant son gameplay est aussi direct que riche en possibilités ... Et tant il peut amuser tout le spectre du public ludique actue. Du papa qui veut se lancer dans une petite joute contre le fiston avant de se coucher, aux profils plus "joueurs" qui veulent se divertir, sans manquer de cogiter un minimum, entre deux jeux plus conséquents.
Fans de cérémonies officielles, faites vos pronostics !
