Qui a dit que l'observation des animaux de la savane était une activité paisible ?
Dans Botswana, grand classique de 1994 signé Reiner Knizia réédité cette année, votre voyage se transforme rapidement en un marché sauvage et impitoyable. Ici, on essaye de rassembler les plus beaux animaux. Mais on manipule aussi leur valeur dans l'ombre pour ruiner ses adversaires !
Spéculation et fourberie
Selon le nombre de joueurs autour de la table, on commence par retirer 0, 2 ou 3 cartes du paquet pour pimenter la donne. On mélange le reste puis on distribue l'intégralité des cartes aux participants. On aligne les figurines des 5 espèces animales au centre de la table et c'est parti. Moins d'une minute de préparation pour lancer les hostilités.
Les règles s'expliquent en dix secondes montre en main. À son tour, un joueur doit obligatoirement effectuer deux actions. Poser une carte de sa main au centre de la table puis récupérer le jeton animal de son choix dans la réserve. C'est tout.
La table se remplit ainsi de cartes représentant les différentes espèces, associées à des chiffres allant de 0 à 5. Si vous jouez une carte d'une espèce déjà présente, vous la placez simplement par-dessus la précédente en laissant visible la nouvelle valeur.
La subtilité ? La manche prend fin immédiatement dès qu'une espèce reçoit sa 6ème et dernière carte. Il faut donc surveiller le rythme de la partie comme le lait sur le feu.
C’est au moment de compter les points que le twist du jeu se révèle. Chaque figurine animale que vous avez récupérée va vous rapporter un nombre de points strictement équivalent à la valeur de la dernière carte posée pour cette espèce.
Si la manche s'arrête et que le dernier Lion posé affiche un 5, chaque lion dans votre réserve vaut 5 points. À l'inverse, si un 0 l'a recouvert, votre collection ne vaut plus rien. Le jeu se déroule en autant de manches qu'il y a de joueurs et celui qui cumule le plus gros score au final l'emporte.
Un safari au goût salé
Botswana est un jeu profondément fourbe et c'est exactement pour ça qu'on l'aime. Le hasard de la distribution est omniprésent mais le cœur du jeu réside dans la tentative désespérée de le maîtriser... ou de pourrir les plans des autres.
C'est un bonheur absolu et franchement jouissif de poser un gros "0" sur les girafes à la toute dernière seconde, juste après avoir vu un adversaire stocker amoureusement toutes les figurines de l'espèce.
Les manches sont courtes, ultra-tendues et le suspense reste entier jusqu'au bout. On râle, on peste, on suspecte son voisin "Tiens, il accumule les éléphants, c'est louche..." et on passe un excellent moment.
La grande force de ce titre est son universalité totale. Il peut amuser tous les types de joueurs, des néophytes aux familles, tout en offrant un terrain de jeu très tactique aux plus habitués.
Attention toutefois à la configuration. À 2 joueurs, le titre devient hyper stratégique, froid et calculateur. C'est vraiment à partir de 3, 4 ou 5 joueurs que Botswana révèle sa vraie nature, le chaos s'installe, les coups bas fusent et le jeu devient infiniment plus drôle et vivant.
Côté matériel, l'édition est hyper qualitative. Les figurines d'animaux sont en bois et particulièrement agréables à manipuler (un vrai plaisir tactile sur la table), tandis que les cartes se révèlent solides pour enchaîner les parties.
La boîte est bien pensée et permet de tout ranger en un clin d'œil dès la fin de la partie. Le livret de règles, quant à lui, est très clair.
Un petit bémol cependant car 2 pions joueurs ont des couleurs quasi similaires et sont difficiles à distinguer selon les conditions d'éclairage. Malgré cela, Botswana confirme son statut de valeur sûre. C'est simple, c'est méchant, c'est rapide et on en redemande après chaque manche.
