L’Elementary College forme depuis des générations les aspirants magiciens dans la maîtrise des arcanes de l’eau, du feu, de la terre et de l’air. Cette première année de cours vous a pourtant laissé sur votre faim. Jusqu’à présent vous ne parvenez guère qu’à faire jaillir une faible flammèche à quelques centimètres de votre paume et vous passez davantage de temps à mémoriser des manuels qu’à apprendre de vrais sorts. Cependant, vous savez que dans les sous-sols de l’école se cache la plus grande bibliothèque magique au monde, où les plus puissants sortilèges sont dissimulés aux yeux des jeunes apprentis tel que vous. On dit même qu’on peut y trouver le Big Book of Madness, un immense grimoire aux pouvoirs mystérieux. Mais on vous a mis en garde : ouvrir ce livre serait la plus grande erreur qu’un magicien puisse faire. Enfin, ce ne sont que des menaces en l’air, non ?..
Avatar à l’école des sorciers
The Big Book of Madness est un jeu coopératif et de deckbuilding dans lequel vous incarnez des apprentis sorciers ayant ouvert par « mégarde » un grimoire renfermant de terribles monstres. Durant la partie, votre but sera de sceller les pages du livre une à une et de vaincre le boss final, tout en évitant de devenir complètement fou. Canalisez les éléments, apprenez de nouveaux sorts et utilisez à bon escient vos capacités spéciales pour venir à bout de cet ouvrage maudit.
Avant de commencer la partie, formez aléatoirement le grimoire à l’aide des différentes pages et couvertures à votre disposition, puis choisissez un magicien. Que vous jetiez votre dévolu sur un personnage en fonction de son talent, de sa maison ou de son look (ne me jugez pas), prenez le nombre et le type d’éléments déterminés sur votre fiche pour constituer votre deck. Chaque mage part à l’aventure avec quelques sorts en mémoire et une légère affinité envers un des quatre éléments du jeu.
À chaque tour de jeu, tournez la page pour révéler la prochaine créature et placez les malédictions en lien avec cette dernière. Votre rôle sera de détruire ces malédictions grâce à vos cartes éléments - au prix de quatre éléments identiques par malédiction - et si possible, avant qu’elles ne s’activent. S’il n’est pas toujours évident de prévoir seul autant de mana pour y faire face, vous disposez néanmoins de nombreuses possibilités pour mettre en commun votre main avec celles de vos alliés.
Vous serez souvent tenté d’exploiter votre magie jusqu’à la dernière carte mais prenez garde : une fois votre deck d’éléments épuisé, les horreurs du grimoire s’infiltrent en vous, ajoutant une carte folie à votre paquet. Non seulement ces cartes réduisent vos chances de tirer celles dont vous avez besoin, mais elles encombrent également votre main. Si celle-ci venait à en être totalement remplie, la défaite serait inévitable. Se soigner, en sacrifiant deux éléments identiques, devient alors une priorité… à moins que vous ne découvriez d’autres moyens pour chasser ces sombres pensées.
Résistez jusqu’à la dernière page, affrontez le Boss du Big Book et vous pourrez réclamer la victoire si vous avez encore assez de lucidité pour le faire.
10 points pour Gryffondargent et Serpentôt
Si de prime abord, le jeu peut donner l’allure d’être assez simple (une vidéo de dix minutes devrait faire l’affaire pour les explications), il regorge en fait de petites subtilités qui lui donne une toute autre profondeur. Détruire une malédiction restera toujours une action de choix, mais savoir quand, avec qui et quels éléments le faire n’est pas aussi facile que ce que l’on pense. Apprendre à gérer les temps forts et faibles, les probabilités de son tirage ou comment optimiser efficacement son deck sont autant de pistes à privilégier pour qui souhaite s’améliorer.
Certains sorts ouvrent également la voie à des combos au potentiel dévastateur pour peu que vous puissiez les mettre en place et il est toujours grisant de trouver la ligne d’actions précise qui permette de sceller une page sans le moindre dommage. Malheureusement, et comme dans la plupart des jeux coopératifs, il est toujours possible qu’un « meneur » prenne les choses en main et commence à dicter le tempo. Notez cependant que les parties peuvent être radicalement différentes en fonction du nombre de joueur ; certaines mécaniques ou capacités prennent un tout autre essor dans une autre configuration.
En terme de graphisme, faut-il encore présenter le travail remarquable de Naïade ? L’illustrateur de Tokaido, Seasons, Similo ou Lords of Xidit nous gratifie une nouvelle fois de sa patte si particulière pour le plaisir de nos rétines. Son trait rond et coloré colle parfaitement à nos magiciens en herbe, proposant des personnages et des créatures tout aussi mignonnes que terrifiantes. Je ne suis peut être pas aussi impartial qu’il le faudrait sur le sujet, mais disons que si vous appréciez ses illustrations de manière générale, vous ne pourrez qu’être enchanté de sa contribution à l’œuvre du jour.
Si le dessin ne fait évidemment pas tout, l’édition dans sa globalité est de bonne qualité. Le thermoformage permet de ranger tous les éléments de la boîte de base de façon propre et ordonnée, tant que l’on pose son jeu à l’horizontale. Les cartes et le plateau sont très bien imprimés et les rares jetons se paient même le luxe d’être en bois, de quoi ravir l’adorateur de meeple qui sommeille en moi.
Un mot rapide sur l’extension « le Ve élément » qui nous propose d’ajouter, comme son nom l’indique, l’élément des ténèbres au set de base (et non un multi-pass). Arrivant avec une paire de magiciens spécialistes du sujet et des monstres / malédictions supplémentaires, cette petite boîte permet de remettre un peu de magie pour qui commencerait à se lasser du livre original.
Le Big Book est pour moi une valeur sûre : joli, dynamique et entrainant, il est possible d’embarquer quasiment n’importe qui dans l’aventure. Les plus jeunes pourront s’amuser dès leur première partie à jeter des sortilèges à tout va, tandis que les plus grands pourront pousser les curseurs à fond et découvrir un jeu très complet dans ses mécaniques de combo et de deck building. Si vous aimez les jeux coopératifs et l’ambiance d’un Harry Potter, vous devriez lui laisser sa chance !
Vous vous jetez sur le livre encore fumant et enlacez de vos frêles bras sa couverture rigide. Plus rien ne semble vouloir en sortir, mais dans le doute, mieux vaut peut être utiliser cette grosse chaîne pour vous en assurer. Aucun d’entre vous ne semble sérieusement blessé, mais Cerise continue de rigoler le regard vague tandis que les oreilles de Sid laissent échapper une étrange fumée violette. Vous êtes cependant heureux d’en avoir réchappé vivant, certain d’avoir affronté la plus terrible épreuve de votre vie, jusqu’à ce que vous entendiez le raclement de gorge de la Directrice dans votre dos…