Oubliez les chevaliers, les dragons et les conquêtes de galaxies lointaines : La vraie aventure se vit en étant conducteur de semi-remorque, à parcourir des milliers de kilomètres par jour à tenter de livrer des yaourts périssables ou des matériaux explosifs tout en étant sous la pression impitoyable du chronomètre.
C'est en tout cas ce que va tenter de vous prouver Road Master, le dernier jeu de l'écurie Bouvier International. Un petit jeu tout public qui souhaite transformer votre table en simulateur d'autoroute du sud en pleine période estivale de chassés croisés !
Sur la route
Road Master propose un pitch simple comme un rond-point : Vous incarnez un chauffeur livreur travailleur qui doit réussir à engranger plus de points de prestige que ses concurrents. Pour cela pas le choix, il faudra obtenir de juteux contrats, et surtout enchaîner rapidement des récupérations / livraisons de cubes de différentes couleurs à des endroits spécifiques du plateau de jeu commun.
Le système de jetons-action constitue l'épine dorsale de Road Master. Vous disposez au départ de 7 jetons double face, en sachant que vous ne pourrez en utiliser que quatre à votre tour. Si l'idée ici est de préparer son coup pendant le tour des autres routiers, la nature changeante du plateau vous permettra de revoir vos plans au dernier moment sous le regard (certainement) musé de vos adversaires.
Des actions possibles, la plus importante est la tuile Contrat, qui vous permet de récupérer jusqu'à 3 contrats parmi les 10 disponibles du marché (9 visibles ou celle du sommet de la pioche), en sachant que chaque carte prise doit être remplacée directement. La face opposée de cette tuile permet, elle, de prendre 6 cartes Super bonus et d'en garder 3 maximum, avec le risque de fort malus si vous n'arrivez pas à les valider en fin de partie.
Pour vous déplacer, vous n'aurez que deux choix : Un mouvement vers l'avant d'un maximum de 4 cases, ou une marche arrière de 1 case, tout en respectant quelques règles comme un véhicule par case, voie de droite obligatoire (sauf en cas de manœuvre), et le droit de dépasser à la condition de se rabattre entre chaque camion.
Si vous souhaitez charger votre camion, il faudra par contre se positionner sur une case affichant une lettre, avec le possibilité de ne contenir que 5 cubes maximum dans votre conteneur (vous avez bien sûr le droit de rejeter du contenu d'une autre couleur si besoin). Ce n'est par contre qu'au moment où vous déchargerez que vous pourrez valider des contrats acquis au préalable et engranger des points !
Une partie prend fin quand un joueur dépasse la limite de points requise (de 30 à 50 points selon le nombre de joueurs). On attend de revenir au premier joueur (pour que tout le monde ait fait le même nombre de tour), puis c'est l'heure d'ajouter à ses points actuels ceux des cartes Super bonus, sans oublier de déduire tous les points négatifs de celles non validées.
Celui a le plus gros score l'emporte, en sachant que les égalités profitent à celui qui a rempli le plus de contrats, voir en deuxième salve le contrat le plus juteux !
On The Road Again
Vous cherchez un jeu au thème original pour faire découvrir le pick and delivery ou animer une grande table de fêtes le temps d'une petite heure ? Road Master pourrait être ce candidat idéal.
Car ici pas de superflu : Prendre, aller d'un point A à un point B et déposer, on est sur un gameplay qui va totalement à l'essentiel de la mécanique de "livrer et ramasser", sans fioritures ni mécanique cherchant à complexifier l'expérience. Les règles de base sont d'ailleurs tellement simples qu'il ne vous faudra pas plus de cinq minutes pour lancer une partie et en expliquer son fonctionnement, quelque soit les circonstances ou la typologie de joueurs que vous aurez à votre table.
L'immédiateté de Road Master est forcément bien aidé par son thème, pas le plus sexy du monde sur le papier je vous l'accorde, mais qui se veut le modèle parfait pour vendre un gameplay basé sur de la livraison de fret.
Il est d'ailleurs certain qu'une partie des joueurs resteront froid devant l'ultra réalisme vendu par le jeu, son illustration de boîte en tête. Mais cela à en tout cas le mérite de confirmer une proposition mécanique qui mise l'essentiel de sa tension sur l'optimisation de ses trajets. Et qui se gausse de sanctionner très rapidement tout choix de routing sous-optimisé ou contrat loin de votre trajet optimal !
Road Master tente de trouver un équilibre incertain entre tacticité "prise de tête" et forte interaction, et à cet égard j'ai une certitude : Le jeu s'avère bien plus intéressant dans ses configurations les plus hautes.
C'est indiscutablement avec du monde sur le plateau que les aléas du transport routier, avec des embouteillages non anticipés, des entrepôts vidés juste avant votre passage ou la rotation folle des contrats, créeront ce petit chaos aussi satisfaisant pour l'animation de la table que jouissif dans la réussite d'un plan de livraison. Tout en tenant un peu tête à la logique (un peu trop) tolérante du gameplay.
Highway to Hell
Et c'est clairement mon plus grand regret dans le jeu : La non obligation de planifier totalement ses tuiles avant de voir ses adversaires jouer, et devoir dérouler ses actions.
Car si l'intention est de base louable, la programmation simultanée apportant une complexité cognitive et une surcouche de règles pouvant exclure certaines bonnes volontés, cette décision d'auteur empêche selon moi le pouvoir du "guessing" et l'aspect ambiance de se révéler totalement en partie.
Toutes ces stratégies mûrement réfléchies tombant à l'eau, toutes ses tuiles programmées inutiles générant des rires autour de la table, ... c'est le genre de micros événements qui auraient apporté le vrai contrepoids à une mécanique de ramassage / livraison extrêmement routinière et sérieuse dans son application.
On le voit d'ailleurs sur les tables moins fournies, celles qui profitent, elles, d'un vrai gap de gain de contrôle sur l'environnement (et peuvent du coup plus souvent viser le tour idéal et d'enchainer les mêmes tuiles) : L'intérêt de la présence de ces tuiles est vraiment moindre, pour un gameplay qui se montre plus monotone, une attente entre les tours vraiment moins pesante quand les piques verbales se font moins récurrentes.
Est-ce que j'aurai voulu que Road Master s'assume davantage comme un jeu d'ambiance délirant ? J'aurai en tout cas tester ce gameplay avec d'avantage de vie "secondaire" sur le plateau, sur laquelle on puisse intervenir ou pas (peu importe). En étant intimement persuadé que ce statut de jeu de pick and delivery un peu fou aurait pu le rendre vraiment incontournable...
Mais rassurez-vous, dans l'état, Road Master conserve un intérêt ludique indéniable, surtout auprès de vos plus jeunes ou d'un public curieux de se frotter à ce genre "mal-aimé". Un jeu qui a d'ailleurs le mérite d'offrir des petits camions en bois sérigraphiés de belle facture (surtout au regard du prix en boutique). Et deux petites extensions rajoutant un peu de piquants à ceux qui feront un peu trop vite le tour ... de la ligne droite du plateau de jeu !