The Dark Quarter, avant d’être un jeu, c’est surtout une histoire. Une histoire construite autour de la ville de la Nouvelle-Orléans, de ses mystères et des personnages qui la composent. The Dark Quarter, c’est un mix savoureux entre un jeu d’enquête, un polar américain et une soirée de rôle-play papier. Et comme toutes les bonnes histoires, mon but sera de vous en dire suffisamment pour vous donner envie de la découvrir, tout en évitant de vous en dire trop et de vous gâcher la surprise. Alors, si vous êtes prêts à abandonner toutes vos certitudes sur les forces qui régissent ce monde, embarquez avec moi pour les sombres quartiers de la Louisiane des années 80.
Dream a Little, Dream of Me
The Dark Quarter est un jeu d’enquête coopératif et narratif pour 1 à 4 joueurs. Chaque joueur se voit incarner un enquêteur de l’agence Beaumont, sorte d’agence de détectives privés spécialisée dans le paranormal. Les différents personnages à votre disposition ont tous une histoire, des relations et des traits qui les caractérisent. Si l’aventure vous demande rapidement de prendre en main une affaire des plus obscures, une bonne partie de votre temps pourra être occupée pour vos propres lubies. Après tout, il n’y a pas que le travail dans la vie.
Cette boîte est pleine à craquer de tout un tas de matériel affriolant, mais je préfère vous prévenir tout de suite : le jeu repose également sur une application. Il est question de beaucoup de lecture, de choix à faire, ainsi que d’énigmes à résoudre, le tout agrémenté d'une petite musique d'ambiance aux touches jazzy. A vous de voir si la présence du numérique est un atout ou non, mais lancez vous dans l’aventure en toute connaissance de cause.
Un tour de jeu se veut plutôt simple : un personnage s’active, vous choisissez un lieu dans lequel aller et une liste d’objets ou de personnages avec lesquelles interagir s’offre à vous. Vous décidez librement de ce que vous voulez faire, dans quel ordre et quelles questions poser. Chaque personnage possède également des attributs différents qui pourront vous inciter à adopter une certaine conduite et des talents qui pourront influencer vos jets de dés.
Le jeu de base propose une campagne d’une trentaine d’heures au total, pour peu que vous souhaitiez venir à bout de tous les arcs narratifs. La possibilité offerte par l’application de sauvegarder sa partie à n’importe quel moment, couplé aux nombreux intermèdes et aux astucieux rangements de la boîte, laisse les coudées franches aux personnes qui ne disposent que d’une heure ou deux devant eux. Autant dire que vous n’aurez aucune excuse pour ne pas terminer votre (en)quête.
What a wonderful world
J’ai l’impression de me répéter, mais Lucky Duck Games a encore une fois mis les petits plats dans les grands avec le contenu de cette boîte. On trouve pêle-mêle des figurines détaillées, des jetons et des cartes bien imprimés, ainsi que tout un tas de dés de toute beauté. Je ne vous cache pas non plus avoir eu un coup de cœur pour le thermoformage, à la fois utile pour le rangement du matériel et pouvant servir de support lors des parties. Tout s’imbrique parfaitement et c’est vraiment plaisant de pouvoir mettre en lien la sauvegarde digitale avec celle du matériel physique.
Comme mentionné précédemment, The Dark Quarter est un jeu extrêmement lié à son histoire. Cette dernière prend place dans un monde relativement sombre, où la magie et la violence sont omniprésentes. Le jeu n’est donc pas à mettre entre toutes les mains, tant le vocabulaire utilisé et les thèmes abordés ne laissent que peu de doute quant au public visé. Un contenu mature donc, mais jamais gratuit et profondément raccord avec ce que le jeu souhaite nous raconter. S’il existe de nombreuses façons d’arriver jusqu’à la fin, certaines étapes clés restent néanmoins obligatoires : ne vous attendez donc pas non plus à un exercice libre de toute contrainte.
Un autre point fort de cette aventure narrative est évidemment la finesse avec laquelle les personnages ont été écrits. Il peut être un peu rageant de ne pas pouvoir incarner « son » avatar dans cet univers atypique, mais on oublie vite ce petit détail tant nos héros sont attachants. Pour ma part, je me suis très vite identifié à mes deux personnages et c’est à travers les différents choix qui s’offraient à moi que j’ai construit un lien. C’est ici que le rôle-play prend tout son sens, en vous laissant décider d’une ligne de conduite à tenir… ou pas.
Un petit mot enfin sur le système d’expérience, hérité d’un certain Destinies. Je dois dire que j’ai été agréablement séduit par ce dernier, tant il m’a semblé juste et profond. Que vous soyez plutôt du genre à acheter des talents ou à améliorer vos compétences, vous devriez toujours pouvoir arriver aux résultats souhaités, ce qui reste l’essentiel. On ressent assez rapidement que nos enquêteurs s’améliorent et on attend toujours avec impatience le prochain intermède pour dépenser nos précieux points, sans pour autant casser la difficulté.
Pour ma part, The Dark Quarter est une franche réussite. Son univers, son histoire et ses personnages forment une véritable alchimie qu’il est difficile de bouder. J'ai suivi avec un réel plaisir toute cette aventure et voilà longtemps que je n'avais pas vu ma compagne aussi motivée à enchaîner les sessions. Le jeu reste néanmoins très linéaire et tout l’intérêt du titre réside dans votre capacité à vous laisser embarquer par le récit conté ou non.