Bienvenue dans l'âge d'or de l'architecture ! Et pour cela vous allez ériger des monuments, gérer vos ouvriers et prier pour que vos dés ne vous lâchent pas au pire moment. Et spoiler alert : ils le feront !
Pavillon France
Expo 1889 est un jeu de développement et de prise de risques dans lequel les joueurs jouent chacun à leur tour en enchaînant cinq phases immuables.
Cette routine débute par lancer autant de dés que l'on possède de contremaîtres (3 au départ), avec possibilité de relancer jusqu'à trois fois. Tous les dés affichant un éclair doivent être obligatoirement bloqués et mis de côté, alors que toutes les faces ressources permettent, elles, d'engranger de précieuses ressources (Monnaie ou Production).
Vient ensuite le moment douloureux où il faut payer ses contremaîtres, en sachant qu'il faut débourser 1 monnaie par dé contremaître utilisé. L'incapacité de régler la note totale oblige à cocher une case Sabotage par contremaître impayé (nommée ici "Heure Supplémentaire"). À savoir que tous les éclairs obtenus lors de vos lancers déclenchent également des sabotages dont la sévérité augmente avec leur nombre et qui affecte le joueur actif (Fatigue, Grève, Révolte). Sauf la Discorde, qui touche elle seulement vos adversaires !
Ce n'est que durant la phase 3 que l'on utilise les symboles Ouvrier obtenus durant le lancer de dés initial. Deux choix s'offrent à vous ici : recruter un contremaîtres ou construire un Monument. Dans le premier cas, ce n'est qu'une fois que l'on termine de cocher toutes les cases d'un contremaître qu'il est recruté officiellement et que l'on s'octroie un dé supplémentaire pour le reste de la partie. C'est par contre la course concernant les monuments, c'est par contre la course, car seul le premier joueur à cocher toutes les cases d'un monument s'octroie le bonus de points le plus élevé ... les autres devant se contenter de se battre pour le bonus inférieur !
Phase totalement optionnelle, l'acquisition de développements permet d'acheter au maximum une carte du même nom par tour. Pour cela, il faut dépenser des marchandises dont le total doit être égal ou supérieur au coût de la carte, en réduisant ce coût de 7 par levée de fonds effectuée ce tour. Petite subtilité ici, chaque marchandise utilisée est dépensée intégralement, même si sa valeur dépasse le coût restant. À noter que chaque développement ne peut être acquis qu'une seule fois dans la partie et se place face visible sur le dessus de son plateau de gestion personnel.
Reste à vérifier que l'on ne dépasse pas la limite des 6 unités de marchandises maximum, en choisissant librement quelles marchandises jeter en cas d'excédent. Une fois votre tour bouclé, il faut aussi vérifier qu'une des deux conditions de fin de partie ne soit pas atteinte, à savoir un joueur possède 5 cartes Développement, ou tous les monuments ont été achevés au moins une fois sur l'ensemble de la table.
Dans ce cas-ci, chaque joueur calcule le prestige total de son exposition en additionnant ses points de cartes Développement et ses points de monuments achevés, auquel il faut soustraire un point par case Sabotage remplie. Et c'est le joueur avec le plus de points qui est nommé Grand Lauréat de l’Exposition universelle de 1889 !
Galerie des Machines
Est-ce que cette réédition de Roll Through The Ages a un véritable intérêt pour les joueurs modernes ? J'aurai envie de dire oui, au moins pour deux raisons notables.
La première, la plus évidente, serait à chercher du côté... pécunier. Tout de bois vêtue (des plateaux individuels aux éléments de jeu), la première version du jeu était aussi peu pratique à utiliser que plutôt dispendieuse en neuve (par rapport au format du jeu), avant de complétement exploser les compteurs ces dernières années en occasion tellement l'objet ludique s'avère rare dans nos placards français. Expo 1889, en plus de venir avec un matériel et un prix boutique plus à même d'attirer le grand public, se pare d'un thème "franchouillard" qui devrait davantage parler à la majorité, même s'il faut avouer qu'à titre perso le manque de visuels et de "classe" à la parisienne ne me plongent pas autant dans cet univers que je le voudrais.
Pour la seconde, je mettrai forcément en avant cette gestion des ressources extrêmement originale. Car 5 ressources différentes à la récupération mais une seule cumulée à l'achat, c'est aussi surprenant lors des premiers tours que ce système donne rapidement l'étonnante impression de gérer beaucoup de choses de manière extrêmement simple.
Tout le monde ne sera pas fan, c'est une certitude, et je pense qu'il aurait fallu au moins créer deux "vraies" ressources pour donner un peu plus de mâche à ceux qui aiment davantage le côté civilisationnel du titre. Mais dans l'état, difficile de nier que cette logique s'avère être une jolie curiosité ludique (je n'avais jamais vu ça ailleurs), en plus d'offrir un minimum de dilemmes agréables au moment d'acheter des cartes.
Reste que malgré ces deux gros avantages, il me manque quelque chose pour être persuadé qu'Expo 1889 peut s'inscrire dans le temps, tout du moins chez moi.
Mon plus gros souci vient du fait que le renouvellement n'est clairement pas son fort. Après quelques parties, on fait en effet très vite le tour de ces fiches qui proposent toujours les mêmes constructions à chaque partie. Mais le moins "glop" vient du choix de ce marché complet de cartes Développement immuable qui, au contraire d'une rivière qui aurait pu attiser l'opportunisme et l'adaptabilité, dévoile vite des cartes plus intéressantes que d'autres. Pour des stratégies finalement pas aussi variées que l'on pourrait attendre en lisant l'ensemble des capacités offertes.
Et à ce petit manque de folie, il faut rajouter des parties qui sont souvent trop expéditives pour avoir le temps de profiter de ses choix tactiques. J'ai beau trouvé fun cette course à la récupération des cartes les plus puissantes et chères du jeu, il suffit malheureusement d'un ou deux joueurs un peu trop pressés de finaliser leurs monuments pour annoncer la fin de partie avant que l'on puisse vraiment profiter de ses achats les plus dispendieux.
Mais n'allait pas croire que tout cela fait d'Expo 1889 un jeu à éviter. Avec sa petite interaction directe rigolote et ses dés offrant une belle palette de choix stratégiques, Expo 1889 a assez de personnalité pour séduire des joueurs en manque de petits jeux de course facile d'accès.
Mais dans le marché du jeu actuel, difficile de ne pas ressentir une petite impression de déjà-vu. Couplée à celle (plus désagréable) que cette réédition aurait pu vraiment marquer davantage les esprits en poussant certains curseurs ... vraiment un peu plus loin !