Un ludovore digne de ce nom vous le dira : On a jamais trop de jeux de tuiles, surtout quand il intègre des meeples tout choupinous et un thème qui invite au voyage loin, très loin de notre grisaille quotidienne.
Islet, toute dernière production de 2 Tomatoes, vous donne l'opportunité d'être un oiseau tropical qui vient de découvrir une nouvelle terre d'habitation et qui a désormais un but inflexible : pondre tous ses œufs avant tous ses concurrents volatiles.
Mais avant cela, il faudra participer au développement de l'îlot, que vous pourrez agrandir à la fois horizontalement et verticalement grâce à des pièces triangulaires en bois. Vous en aurez d'ailleurs toujours 4 en main, et pourrez choisir l'action Exploration pour commencer à l'extérieur de l'île et en poser autant que vous voulez, tant qu'elles sont attenantes et qu'elles suivent une trajectoire ascendante.
Votre récompense pour cela ? Des cartes ressources de type terrain ou nid que vous pourrez utiliser ensuite pour vous déplacer et déposer délicatement vos œufs.
La logique d'obtention est simple, puisque si vous posez une tuile sur un espace vide (mer) ou une tuile de même couleur, vous prenez la carte terrain correspondante. Et si vous posez une tuile sur une tuile différente, vous récupérez la carte nid affichant les deux couleurs.
C'est en choisissant l'action Déplacement que vous allez pouvoir utiliser ces cartes. Il n'y a aucune limitation d'actions, tant que vous pouvez payer une carte terrain pour accéder à une tuile d'une couleur différente de celle d'origine, et trois cartes nid pour pondre sur le symbole correspondant.
Il faut savoir que tant que vous avez plus de 2 œufs en réserve, déposer un œuf vous permet en sus de gagner une ressource garantie que vous pourrez déclencher à chaque tour de jeu, et qui surtout ne compte pas dans votre limite de 8 ressources maximum. Par contre une fois que vous n'avez plus d'œufs en réserve, il faudra libérer les ressources garanties pour utiliser les œufs que vous avez placés dessus comme marqueur !
Reste à évoquer la fin de partie, qui se déclenche quand un joueur dépose son dernier œuf sur l'île ou prend la dernière tuile du sac. On termine le tour en cours, on en fait un dernier "pour le vol final", puis la victoire revient a celui qui a placé le plus d'œufs ou, en cas d'égalités, sur une tuile plus haute que ses adversaires directs.
Alors côté évidence positive, il suffit de regarder le jeu. L'artwork de la boîte donne déjà le ton, mais c'est une fois déployé que l'on constate rapidement la beauté de l'ensemble, matériel, meeples, tuiles et cartes confondus. Alors attention, Islet est un jeu abstrait dans son cœur mécanique (jetez un œil aux icônes très simplistes des tuiles pour vous en convaincre), mais difficile de nier que cette débauche visuelle aide grandement à sortir le jeu avec une population plus variée que pour un autre jeu du genre.
Après quelques parties à mon actif, je peux aussi vous confirmer que le gameplay est aussi plaisant qu'il est d'une simplicité extrêmement trompeuse. Oui il n'y a que deux actions possibles, mais l'aspect course à l'optimisation poussée couplée à la petitesse de l'île, qui font que l'on peut nuire fortement aux prochains coups de chacun, décuplent nettement l'importance de chaque décision de jeu.
C'est selon moi à deux joueurs qu'Islet révèle l'essentiel de ses parfums. Les tours se montrent ultra dynamiques, vous pouvez mûrir parfaitement une stratégie et anticiper vos coups, tout en devinant plus facilement les desseins de votre adversaire et les contrecarrer habilement. Je suis par contre moins convaincu par les compositions supérieures, où l'opportunisme prend le pas sur le contrôle, où la chance des tirages et des choix de chacun allant en sa faveur (ou pas) prend un peu trop ses aises devant le "savoir jouer".
Et l'autre problème, surtout à quatre, c'est qu'il est plus courant que la partie se termine quand il n'y a plus de tuiles que lorsqu'un oiseau a pondu tous ses œufs. Cela pourra laisser un petit gout amer à beaucoup, surtout si vos joueurs ont compris la logique de ressource garantie la plus optimale et que la victoire ne se joue finalement à pas grand chose.
Cela n'empêche pas Islet d'être une des belles surprises de ce début d'année 2024 (il faut l'avouer) un peu terne. Il lui manque peut-être un petit niveau de complexité pour qu'il plaise à la majorité de mes joueurs plus habitués, et un ou deux artifices (comme des objectifs supplémentaires variables) pour en faire un incontournable que l'on peut sortir des millions de fois sans se lasser. Mais la forme soutien tellement bien son fond que je n'aurai aucun mal à y retourner pour une petite partie détente, à chaque fois que l'on me le proposera !
