Je confonds la majorité des jeux récents ayant pour thème les loups. Faut dire que les éditeurs ne m’aident pas : à chaque fois il est question de contrôle de territoires par des meutes, de “loup alpha” ou de “loup solitaire”.
Autant dire que Moonlight, un jeu à deux où on contrôle une meute de loups désireux de prendre le contrôle d’un territoire, ne me semblait pas parti pour sortir du lot. Comme quoi il ne faut pas crier trop vite au loup… (ici commencent et s’arrêtent les expressions et jeux de mots à base de “loup”, promis).
Les cartes et le territoire
Dans Moonlight vous devez composer avec votre adversaire, une grille de 4x3 cartes (ou de 3X4) en essayant d’imposer vos loups dans chacune des lignes de cette grille.
À votre tour, après avoir pioché trois cartes loup (dont la force va de 1 à 5), vous en posez une puis votre adversaire fait pareil soit sur la même ligne que la vôtre, soit en dessous ou au-dessus. Et ainsi de suite. La grille se compose ainsi peu à peu.
Il est possible de recouvrir un loup adverse avec une carte strictement supérieure d’un niveau. Votre loup de niveau 3 peut donc écraser le 2 de l’autre joueur. Mais attention : les cartes les plus puissantes étant les moins nombreuses, il vous faudra faire attention à ne pas épuiser vos forces pour le contrôle d’une seule ligne.
Car dès le moment où la grille a été composée, ou si un joueur a posé toutes ses cartes, on arrête la manche et, pour chaque ligne, on additionne la force des loups visibles. Le joueur majoritaire récupère ses cartes, elles lui rapportent un point, le perdant les défausse. Celui qui a le plus de points gagne la manche et aura donc un loup bonus pour la suivante (une carte un peu plus forte). En compensation, le perdant bénéficie d’un pouvoir passif (avoir 5 cartes en main par exemple) ou à usage unique (écraser un loup adverse avec une carte de même niveau) à choisir parmi 4 disponibles.
Le gagnant est désigné au terme de la deuxième manche.
Fly me to the moon
En fin d’année dernière, l’éditeur “La Boîte De Jeu” nous avait déjà fait le coup avec Wizards Cup, un petit prodige qui cachait sous ses airs de jeu de poche des trésors ludiques. Rebelote en cette fin d’été avec Moonlight, proposé dans le même format et tout aussi réjouissant.
Il y a d’abord cette grille de cartes à construire avec et contre son adversaire. La possibilité de bâtir la grille en 3X4 cartes ou en 4X3 n’est pas qu’un détail, c’est un véritable outil de pression. Si le joueur adverse est un peu trop à l’aise en début de partie, il y a tout intérêt à envisager de faire une grille de quatre lignes pour ouvrir le jeu.
Surtout, au bout de quelques tours on décèle à quel point Moonlight arrive à proposer une profondeur tactique conséquente avec très peu de cartes. Leur nombre restreint (chaque joueur n’a qu’un loup de niveau 5, deux loups de niveau 4, quatre loups de niveau 3, etc…) crée une vraie tension dans leurs poses. Faut-il continuer à se battre pour une ligne, quitte à y perdre ses meilleures cartes, ou tenter d’aller en contrôler une autre pour mettre fin à la manche plus vite et prendre de court son adversaire ?
D’autant que certaines ont des pouvoirs qui nécessitent d’anticiper l’éventualité que l’adversaire les recouvre. Les cartes de niveau 1, par exemple, comptent triple dans le calcul de majorité si elles sont dans les coins de la grille. D’autres ont des symboles Lune qui seront des points de victoire supplémentaires à condition que vous en possédiez plus que votre adversaire. Bref, avec seulement 11 cartes par joueur, Moonlight arrive à proposer, de manière très simple, des manches de jeu vraiment tactiques et stimulantes.
Enfin, l’autre excellente trouvaille du jeu réside dans son système de récompense qui contribue beaucoup au plaisir d'enchaîner les parties. Qu’on perde ou qu’on gagne, chaque joueur bénéficiera d’un atout supplémentaire à choisir à l’issue de la première manche (un loup solitaire ou un bonus plus global). Une manière gratifiante de rebattre les cartes pour la seconde et d’empêcher des stratégies de s’imposer sur la durée.
Au final, les parties sont rapides (comptez 15 à 20 minutes pour les deux manches), sans temps mort, et rarement frustrantes grâce au renouvellement constant qu'amènent ces cartes bonus. Moonlight s'est imposé en quelques jours chez nous comme le jeu idéal pour les fins de journée en semaine, ou en complément d'un "gros" jeu.
Moonlight est donc une belle surprise. Il offre, avec seulement une douzaine de cartes par joueur, une grande richesse tactique tout en étant un modèle d’épure en termes de règles. Une élégance qui se retrouve jusque dans le travail de Noémie Chevalier dont les très belles illustrations de cartes évoquent les estampes japonaises (et auxquelles la boîte de jeu ne rend pas forcément hommage). Le tout dans un tout petit format qui peut s’emporter partout et s’installer très vite. Idéal pour les vacances ! Comment ça, elles sont finies ?!