Avec Bella Vista, Studio H nous invite à enfiler notre plus beau casque d’architecte pour bâtir une petite ville colorée, vivante et, surtout, particulièrement convoitée. Derrière ses façades en carton et son apparence très accueillante, le jeu cache une compétition bien présente où chaque emplacement compte, chaque bâtiment peut rapporter gros, et où les meilleurs terrains ne restent jamais libres bien longtemps.
Signé Bruno Cathala et Andrea Mainini, illustré par Weirdloop et Cyrille Bertin, Bella Vista propose aux joueurs de construire des bâtiments en 3D sur un plateau commun, en essayant de remplir des objectifs lucratifs tout en respectant les contraintes imposées par la mairie. Le tout se joue de 2 à 4 joueurs, dès 8 ans, pour des parties annoncées autour de 30 minutes.
Une boîte qui donne envie de construire
Dès la couverture, Bella Vista affiche son identité : une ville lumineuse, colorée, presque méditerranéenne, avec des bâtiments biscornus, des façades expressives et un logo qui donne immédiatement le ton. La boîte est sobre mais élégante, avec une illustration centrale très réussie qui attire l’œil sans trop en faire.
À l’ouverture, le jeu confirme cette bonne première impression. Le matériel est généreux et surtout très visuel : bâtiments à monter, tuiles colorées, cartes, jetons de monnaie et éléments de plateau composent une boîte bien remplie. On sent rapidement que l’éditeur a misé sur la présence sur table, et c’est clairement l’un des gros points forts du jeu.
Les bâtiments en 3D sont évidemment les stars du matériel. Ils demandent un peu de manipulation lors de la première mise en place, mais une fois assemblés, ils donnent immédiatement du volume à la partie. Les couleurs permettent de bien identifier les différents joueurs, et les valeurs visibles sur les toits facilitent la lecture du jeu.
Une mise en place impressionnante mais lisible
Bella Vista peut sembler un peu chargé au premier regard, surtout avec tous ses bâtiments, ses cartes et ses jetons étalés sur la table. Pourtant, une fois les éléments triés par couleur et les premières explications données, l’ensemble devient assez clair.
Chaque joueur dispose de ses bâtiments, de ses ressources financières et de ses objectifs. Au centre de la table, le plateau commun représente la ville à construire, avec ses zones, ses parcs, ses rivières et ses emplacements plus ou moins intéressants. Le jeu joue beaucoup sur cette notion d’espace partagé : tout le monde veut les meilleures places, mais personne ne pourra tout avoir.
Les cartes de contrats et les contraintes de construction orientent fortement les choix. Il ne suffit pas de poser un bâtiment au hasard : il faut chercher les bons alignements, les bons voisinages, les bonnes zones et surtout calculer ce que l’on est prêt à payer pour construire avant les autres.
Construire, oui, mais au bon endroit
Le cœur du jeu repose sur un principe simple : construire ses bâtiments pour gagner le plus d’argent possible. Mais Bella Vista introduit une tension permanente autour de l’ordre de construction et du choix des emplacements.
Les joueurs doivent optimiser leurs placements selon les objectifs disponibles, tout en surveillant ce que font les autres. Un emplacement intéressant pour vous l’est souvent aussi pour quelqu’un d’autre. Résultat : les décisions sont rarement évidentes. Faut-il payer cher pour s’assurer une excellente position ? Faut-il patienter et économiser ? Faut-il gêner un adversaire ou se concentrer sur ses propres contrats ?
C’est là que le jeu devient plus malin qu’il n’en a l’air. Son aspect coloré et familial ne doit pas faire oublier qu’il y a une vraie compétition pour l’espace. Les bâtiments prennent physiquement de la place sur le plateau, la ville se densifie rapidement, et les opportunités se réduisent au fil des tours.
Une ville qui prend vie sur la table
Le plus gros plaisir de Bella Vista vient probablement de sa montée en puissance visuelle. Au début, le plateau paraît encore calme et ouvert. Puis, tour après tour, les bâtiments apparaissent, les quartiers se remplissent, les couleurs s’entremêlent et la ville prend forme.
Les photos de partie parlent d’elles-mêmes : la table change complètement d’allure entre le début et la fin. Les bâtiments rouges, bleus, verts et jaunes forment progressivement un véritable paysage urbain. Les rues, les parcs et les canaux donnent du relief à l’ensemble, et les cartes autour du plateau renforcent cette impression de chantier permanent.
Cette présence sur table est un vrai atout. Même les joueurs qui ne sont pas forcément sensibles aux jeux abstraits ou de placement peuvent être attirés par l’évolution physique de la ville. On a envie de voir le résultat final, et cela rend la partie agréable à suivre, même quand ce n’est pas son tour.
Accessible, mais pas dénué de réflexion
Lors de nos différentes parties, chaque couleur a rapidement essayé de s’installer dans les zones les plus prometteuses. Les premiers bâtiments permettent généralement de poser les bases de sa stratégie, mais la tension monte vite à mesure que les emplacements intéressants se font plus rares.
Sur l’une de nos parties, le rouge et le bleu ont tenté de se développer sur plusieurs zones, tandis que le vert a cherché à optimiser certains contrats bien ciblés. Mais c’est finalement le jaune qui a su tirer son épingle du jeu, en construisant efficacement et en rentabilisant mieux ses placements. Cette victoire jaune ne s’est pas faite par hasard : une bonne lecture des opportunités, quelques choix de construction bien placés et une gestion prudente de l’argent ont fait la différence.
Et comme souvent dans ce type de jeu, chaque partie laisse cette petite sensation de « j’aurais dû poser ce bâtiment un tour plus tôt » ou « si j’avais pris cette carte-là, je passais devant ». C’est plutôt bon signe : Bella Vista donne envie de retenter sa chance.
Un matériel séduisant, mais à manipuler avec soin
Le matériel 3D est très plaisant, mais il implique forcément quelques précautions. Les bâtiments en carton doivent être montés proprement, rangés correctement et manipulés sans brutalité. Rien d’anormal pour ce type de jeu, mais il faudra être un peu soigneux, notamment avec de jeunes joueurs.
La lisibilité est globalement bonne grâce aux couleurs et aux valeurs visibles sur les toits. En revanche, en fin de partie, lorsque la ville est bien remplie, certains emplacements ou détails peuvent demander un peu d’attention selon l’angle de vue. Cela reste le revers logique d’un jeu très vertical et très visuel.
Le rangement semble avoir été pensé pour accueillir les éléments de manière pratique, ce qui est appréciable vu le volume du matériel.
Pour quel public ?
Bella Vista conviendra particulièrement aux familles joueuses et aux amateurs de jeux de placement accessibles. Ceux qui aiment voir un plateau évoluer physiquement au fil de la partie devraient y trouver leur compte.
Le jeu peut aussi fonctionner avec des joueurs plus expérimentés, à condition qu’ils cherchent une expérience courte, tendue et visuelle plutôt qu’un gros jeu de gestion. On n’est pas dans un jeu expert, mais dans un format malin, interactif et efficace.
À deux joueurs, l’affrontement devrait être plus contrôlable et tactique. À quatre, la concurrence pour les emplacements devient probablement plus rude, avec davantage d’opportunisme et de blocage.
Conclusion
Bella Vista réussit à combiner une belle présence sur table avec des mécaniques simples mais efficaces. Derrière son apparence colorée et accueillante, le jeu propose une vraie compétition pour les meilleurs emplacements, avec des choix intéressants à chaque tour et une tension qui augmente au fur et à mesure que la ville se construit.
Le matériel 3D fait clairement son effet et donne beaucoup de charme à la partie. La ville prend forme sous les yeux des joueurs, ce qui rend l’expérience très agréable. Le jeu reste accessible, rapide et familial, tout en offrant suffisamment de réflexion pour ne pas se limiter à une simple promenade architecturale.
Et cette fois-ci, c’est le jaune qui repart avec les honneurs. Une victoire méritée, bâtie pierre après pierre, ou plutôt immeuble après immeuble.
