Imaginez un monde étrange, dans lequel de nouveaux continents apparaissent subitement, et où des hautes instances du coin cherchent bien évidemment d'intrépides aventuriers pour partir à la découverte de ces terres inconnues et en tirer un maximum de bénéfices.
Vous avez accepté le défi (sinon il n'y aurait pas de jeu). Et vous voilà embarqués dans Navoria, un jeu aux multiples mécaniques qui a tout pour vous surprendre, promis !
Fort comme une bête
Vous serez est ici avant tout face à un jeu de construction de tableau de cartes, que vous allez récupérer devant vous au fil de vos tours de jeu et qui vous apporterez selon le type des effets immédiats, permanents, circonstanciels ou de fin de partie. Cette mécanique sera étroitement liée à des meeples Aventurier que vous allez faire évoluer sur trois grandes pistes disponibles sur le plateau central (une par continent), tout en y construisant des refuges pour éviter de repartir de trop loin entre chaque round.
Chacune des trois manches strictes d'une partie commence par une phase de Recrutement (I), où tour à tour le joueur a le choix de tirer deux jetons Action d'un sac opaque, en conserver un et laisser l'autre sur la place du centre-ville, ou choisir directement un jeton de ce lieu.
Ce jeton est à utiliser directement sur le marché de la couleur correspondante, afin de récupérer une carte et résoudre les effets indiqués dessus. Il y a en tout 5 zones de marché, toutes limitées à 3 cartes visibles, avec des emplacements recomplétés uniquement durant la phase de Repos (IV).
Quand les cartes Marchand donnent des effets immédiats ou qui se déclenchent durant la phase de Revenus (III), les cartes Bâtisseur permettent de construire un refuge ou obtenir des récompenses immédiates. Les cartes Soldat elles, font marquer des points en fin de partie en fonction du nombre de refuges construits sur l'île, quand les Cartes Aventurier font avancer votre pion Explorateur de une à deux cases sur la piste d'exploration concernée.
Reste à évoquer les cartes Artisan, les plus longues à expliquer. De base, elles servent à collecter une ou plusieurs ressources (trois types disponibles, Fruit, Cristal et Epée), que l'on doit ensuite répartir sur les quais de votre plateau personnel. Ces quais sont tous surmontés d'une commande qui, si elle est satisfaite, peut être déclenchée pour obtenir les bonus associés. Et si de base il n'y a qu'une case d'effet disponible au départ, d'autres peuvent être libérées en construisant les refuges placés dessus en début de partie.
Après le recrutement, vient la Phase de Récolte (II). Chaque joueur, à partir du dernier et en partant dans le sens antihoraire, doit alors prendre un jeton Action, situé près d'un marché ou encore au Centre-Ville, et le placer sur une des zones d'action de sa couleur la plus haute de l'île principale, avec le droit bien sûr de collecter les avantages spécifiés.
Et après la phase de Revenus (III), où l'on déclenche essentiellement ses cartes Marchand et Aventurier, reste encore à finaliser la phase de Repos (IV) en remettant notamment tous les pions Action utilisés dans le sac et en rectifiant l'ordre du tour, avec priorité décroissante selon le nombre de points de victoire au moment T !
Oath-era tu t'y engouffrer ?
Avant de parler du fond, il faut que je parle de la forme.
Difficile de se cacher que l'hommage de Navoria à Kyle Ferrin et son art caractéristique (Root en tête) est incroyablement troublant. Pour autant, le style visuel du jeu est juste incroyable, surtout quand on sait que l'illustrateur est aussi l'auteur du jeu.
Et pour tout vous avouer, il m'a tellement troublé la première fois que je l'ai vu en photos, que j'ai toujours su que je sauterai dessus à sa sortie ... en n'en sachant jamais plus que les grandes lignes de son gameplay .
Et la surprise fut de taille lors de ma première partie : Navoria est une jeu d'une étonnante accessibilité.
Pourtant, avec de la draft, 15 cartes possibles en début de manche, du placement d'ouvriers et de la course sur plusieurs pistes différentes, on pourrait croire de prime abord que le ticket d'entrée pour accéder à ce monde coloré est des plus élevés. Mais le jeu a la bonne idée de rationaliser la prise de décisions en limitant en amont les choix possibles (par un tirage de sac et un pool toujours restreint de jetons disponibles au centre ville), tout en simplifiant la lecture des cartes en créant 5 familles bien distinctes avec des occurrences très proches et à la compréhension aisée.
Cela a été rendu possible grâce à une iconographie savamment étudiée, un livret aux petits oignons et une ergonomie générale à saluer. Alors bien sûr vous aurez certainement un ou deux petits doutes durant la première manche (surtout si vous n'avez pas l'habitude de ce genre de jeu), mais ils seront vite dissipés tant les actions sont finalement assez logiques avec le type de personnage (même si j'aurai à redire un peu plus loin).
Ce qui est certain, c'est que Navoria, même s'il démontre un fonctionnement des plus simples, offre tout de même une vraie variété de chemins vers la victoire.
Que vous misiez sur les points de pistes d'exploration, les objectifs de fin de partie ou une des familles de cartes donnant des points lors du décompte final, l'éventail des stratégies est assez complet pour vous donner envie d'y revenir, surtout que les parties sont finalement courtes (3 manches, ça passe vite) et que l'interaction indirecte marquée génère une petite ambiance pas déplaisante.
Reste que tout n'est pas parfait dans Navoria. On pourra lui reprocher une intense sensation de "déjà vu", une promesse d'exploration qui ne se ressent finalement que très peu en partie (on arpente juste trois pistes en créant des avant-postes), et des cartes et des itinéraires qui manquent d'une personnalité propre. Peut-être le prix à payer pour obtenir un titre universel, même si je reste convaincu que la prise de risque ou la différenciation ne sont pas incompatibles.
Pour autant, Navoria reste un vrai bon petit jeu de réflexion léger, facile à sortir et à apprendre, et à mon humble avis une excellente porte d'entrée pour quiconque aimerait se frotter à des Euros plus lourds. Et vu la qualité du matériel et l'effet "waouhhh" qu'il provoque sur une table, ce serait dommage de ne pas l'avoir dans sa ludothèque, surtout vu la taille contenue du paquetage final !
