Carnimal est un jeu de déduction conçu exclusivement pour deux joueurs, qui vous emmène au célèbre carnaval de Venise. Sous les masques se dissimulent des animaux. Chaque joueur cherche à découvrir l’identité secrète de son adversaire, composée de trois éléments : un personnage, un masque et un objet. Le premier à identifier la combinaison de son adversaire remporte la partie. Attention toutefois : une accusation erronée entraîne votre défaite immédiate !
Avec Bruno Cathala et Ludovic Maublanc aux commandes, on pouvait s’attendre à un jeu plein d’astuce, mais peut-être aussi à retrouver une recette déjà éprouvée. Difficile de ne pas penser à la série des Mr. Jack, signée par ce même duo d’auteurs chevronnés. Alors, Carnimal en serait-il une version simplifiée ?
Logique, déduction, élimination
Une grille de 24 tuiles Identité représentant les 8 différents personnages, masques et objets est disposée entre vous et votre adversaire. Au centre de la grille se trouve la tuile Interrogation.
Au début de la partie, vous piochez une combinaison de 3 cartes Indice parmi les personnages, les masques et les objets. Elles définissent votre identité secrète. Vous piochez également une ou deux cartes supplémentaires en fonction du premier joueur. Vous démarrez ainsi avec quelques indices permettant d’éliminer d’emblée certaines possibilités.
À votre tour, vous devez déplacer la tuile Interrogation en l’échangeant de place avec une tuile Identité de la grille. Vous choisissez ensuite sa face et son orientation.
Selon la position choisie, la question porte soit sur les tuiles Identité situées dans une ligne ou colonne, soit sur les tuiles Identité adjacentes. Votre adversaire répond simplement par un chiffre : 0, 1, 2 ou 3, correspondant au nombre d’éléments de son identité secrète présents parmi les tuiles interrogées.
À partir de cette réponse, vous prenez des notes sur votre calepin en procédant par élimination. Puis on passe au tour de l’adversaire.
À la fin de votre tour, vous pouvez également porter une accusation. Mieux vaut être sûr de son coup. En cas d’erreur, vous offrez la victoire à l’adversaire.
Un jeu de poche sans grande fantaisie
Avec sa petite boîte, ses 24 tuiles Identité et cartes Indice, et ses 50 fiches de prise de notes, Carnimal se présente comme un jeu de poche idéal à transporter. Les règles sont d’une grande simplicité, les parties sont rapides (environ 15 minutes), et le prix est contenu, autour de 12 euros. Le rapport qualité-prix est donc tout à fait correct.
La direction artistique est soignée, mais sans grande fantaisie. Le carnaval vénitien et ses animaux masqués offrent un cadre agréable, mais le thème reste essentiellement décoratif. Il s’agit d’un jeu abstrait où l’on pourrait remplacer les tuiles Identité par d’autres éléments sans modifier fondamentalement l’expérience. Ce n’est pas forcément un problème pour un jeu de déduction de ce format, mais il ne faut pas s’attendre à une immersion particulière. L’intérêt est ailleurs : dans la subtilité de la mécanique de déduction et dans la progression des joueurs pour la maîtriser.
Le bon dosage entre prudence et prise de risque
En début de partie, le premier réflexe consiste à rechercher directement la présence d’un ou plusieurs éléments de l’identité adverse. C’est rassurant, mais pas très efficace. Progressivement, on comprend qu’il est préférable de commencer par exclure des éléments.
Il va alors s’agir de trouver le juste équilibre entre prudence et prise de risque. L’enjeu consiste à interroger suffisamment de tuiles Identité pour éliminer un maximum de possibilités d’un seul coup, mais en évitant d’inclure un élément de l’identité adverse. Car une réponse positive peut fragiliser votre déduction et ralentir votre enquête. Par exemple, savoir qu’un élément parmi six possibilités compose l’identité adverse est moins intéressant que de pouvoir éliminer immédiatement trois possibilités. À l’inverse, un excès de prudence peut offrir un avantage disproportionné à l’adversaire. En effet, en interrogeant un petit nombre de tuiles Identité pour s’assurer que l’adversaire réponde « zéro », vous obtenez certes une information précieuse mais vous lui permettez par la même occasion d’obtenir un indice fiable en consultant une des cartes laissées de côté.
Le déplacement de la tuile Interrogation ajoute également une dimension spatiale à la réflexion. Puisqu’il faut l’échanger avec une tuile Identité, il est possible de réorganiser progressivement la grille afin de préparer de meilleures questions pour les tours suivants, voire de ralentir l’enquête de l’adversaire.
C’est là que Carnimal devient intéressant : derrière des règles simples se cache une vraie courbe d’apprentissage. Au fil des parties, vous apprendrez à mieux interroger la grille pour maximiser la valeur de vos questions et limiter le nombre d’informations offertes à l’adversaire.
Mon avis
Carnimal ne révolutionne pas le genre. Il a même un petit air de déjà-vu, surtout pour les « milléniaux » comme moi… Mais quels sont donc ces souvenirs d’enfance qui remontent à la surface ? Mais oui, bien sûr ! C’est un mélange de Cluedo et de Qui est-ce ?.
Heureusement, le jeu ne se limite pas à ces ressorts un peu trop familiers, car son système d’interrogation apporte une subtilité bienvenue. Le positionnement de la tuile Interrogation ouvre des possibilités tactiques que l’on découvre petit à petit. Pour ce format de jeu de poche, j’apprécie qu’il y ait une réelle marge de progression pour les joueurs.
La pression monte pendant la partie, les informations s’accumulent, les possibilités se réduisent et chacun cherche à identifier la combinaison adverse avant de se faire démasquer. Une bonne question peut faire basculer la partie, mais une accusation prématurée peut aussi être fatale. C’est simple, lisible et suffisamment tendu pour donner envie d’enchaîner plusieurs parties.
Pour autant, le jeu reste assez traditionnel dans son approche globale. Carnimal n’est clairement pas comparable à Mr. Jack, mais on sent néanmoins que les deux auteurs restent en terrain connu. Malgré l’intelligence de sa mécanique, il manque à Carnimal ce petit supplément d'âme qui permettrait de le distinguer durablement de nombreux autres jeux de déduction.
Je le conseillerais volontiers à des joueurs novices ou occasionnels qui cherchent un duel logique, accessible et rapide. Les joueurs plus aguerris, en revanche, risquent de rester sur leur faim.
Au final, Carnimal est un petit jeu sans prétention, mais pas sans intérêt. Il ne deviendra probablement pas un classique incontournable, mais il peut tout à fait trouver sa place dans une ludothèque familiale ou parmi les jeux à deux que l’on emmène facilement en vacances.