Dans le monde ultra codifié du post-apo existe un sous-genre qui essaye d'imaginer un futur différent. Le Solar-Punk.
Terminés les déserts de sable traversés de mutants à vestes cloutés chevauchant des véhicules rouillés. Finies les villes effondrées pleines de végétations et de zombies à tête de champignons. Place à un futur désirable où l'humanité a appris de ses erreurs et cherche désormais à vivre en harmonie avec son environnement.
Les derniers Droïdes s'inscrit dans cette mouvance : les humains ont réussi à surmonter l'apocalypse, ils doivent désormais recycler les droïdes d'un passé consumériste pour construire un nouveau monde. Et pour ça ils ont besoin de vous !
Le chant des droïdes
Les derniers droïdes est un jeu pour 1 à 4 joueurs qui vous invite à faire la collection de vieux robots issus d’une époque révolue.
A chaque tour, l’un d’entre vous doit simplement tirer autant de cartes que de joueurs et choisir ensuite qui a le droit à quoi. Vos adversaires autour de la table peuvent exprimer une envie concernant une des cartes, mais rien ne vous oblige à la respecter (cela dit, vous en paierez probablement les conséquences lorsque les rôles seront inversés !).
Une fois les épaves de droïdes distribuées, chaque joueur a le choix entre deux actions principales : recycler la carte pour récupérer les ressources associées, ou réparer le robot (pour peu que vous ayez les ressources nécessaires justement) et bénéficier de la capacité qui lui est associée (points de victoire, augmentation de la capacité de stockage de ressources, bonification lors du recyclage…).
En plus de ces deux actions principales et d’une action bonus permettant d’échanger des ressources avec la réserve (avec des taux de change dignes des pires aéroports internationaux!), vous pouvez aussi décider de sacrifier l’épave de robot fraîchement récupérée pour plutôt construire un “droïde habitation”. Tirés au sort en début de partie et disponibles en quantité limitée (4 pour une partie à deux joueurs par exemple), ces “super droïdes” demanderont énormément de ressources à la construction mais octroieront beaucoup plus de points de victoire que les cartes classiques.
Le jeu reproduit cette mécanique sur trois manches (représentées par trois paquets de cartes) durant lesquelles il faudra donc jongler entre réparation de robots pour récolter divers bonus et points, recyclage pour obtenir les ressources nécessaires à cette action, et construction éventuelle des “droïdes habitations” pour faire décoller son score de points.
La partie s’arrête lorsque le paquet de cartes est épuisé, ou si tous les “droïdes habitations” ont été construits.
“Ce ne sont pas ces droïdes que vous recherchez !”
N’y allons pas par quatre chemins : Les derniers droïdes et sa proposition de jeu m’ont laissé très dubitatif.
J’ai d’abord été emballé par la qualité globale du matériel et de la boîte de jeu qui sert de distributeur de cartes (Blue Cocker a fait un travail d’édition encore une fois remarquable). Je suis ensuite tombé en pâmoison devant les superbes illustrations de Anne Heidsieck qui arrivent à donner une identité visuelle à chaque droïde et un univers graphique unique qui sied à merveille au thème du jeu (il n’y a qu’à voir la couverture de la boîte pour s’en convaincre).
Mais c’est malheureusement sur le fond plus que sur la forme que le jeu pêche. C’est bien simple : si on met de côté la phase de distribution des cartes plutôt marrante et originale (et encore, cela dépendra du nombre de joueurs…), la nouvelle création de Fabien Gridel m’a donné l’impression de jouer à un rip-off de Seven Wonders.
Quand bien même on ne voudrait pas faire le parallèle avec le classique de Antoine Bauza, son ombre plane tellement sur Les derniers droïdes qu’il est difficile de ne pas jouer aux jeux des 7 différences. Trois âges qui montent en puissance, des cartes qu’on défausse pour avoir de quoi payer le coût des prochaines et augmenter ses capacités de production, et des “super cartes” plus coûteuses que les autres qu’il faut tenter de construire pour s’assurer des points de victoire plus importants.
Et si les mécaniques de jeu sont très proches, les codes couleurs des cartes aussi : Les droïdes bleus sont ceux qui rapportent uniquement des points de victoire, les jaunes permettent globalement de faciliter les échanges de ressources, les violets vous apporteront plus ou moins de points selon ce que vous et vos adversaires ferez (à la manière des guildes)... Bref, l’héritage est (très) manifeste.
Est-ce qu’il faut malgré tout laisser sa chance aux Derniers Droïdes ? Oui. Mais, à l’instar de 7W, oubliez immédiatement les parties à deux joueurs, peu intéressantes, et privilégiez la configuration à trois ou quatre. Les règles seront sensiblement différentes et la phase de distribution prendra tout son sens. A qui je donne cette carte ? Est ce qu’il m’a dit qu’il voulait celle-ci en bluffant pour que je lui donne celle-là ? Si je lui fais ce cadeau en acceptant sa demande, est ce qu’au prochain tour il m’en fera un aussi ? Des questions encore plus pertinentes à quatre joueurs puisque le jeu imposera alors un 2vs2 taquin et stimulant. Le joueur qui distribue devra veiller à satisfaire au mieux les besoins de son coéquipier tout en continuant à ne pas trop avantager ses adversaires. Dans cette configuration là, le jeu saura délivrer des parties plus intéressantes.
Malheureusement, Les derniers droïdes souffre malgré tout d’un manque de tension dans ses parties. Le fait de pouvoir échanger des ressources autant de fois que souhaité avant de réparer ou défausser sa carte droïde rend le jeu bien trop permissif en plus d’imposer de nombreux allers-retours incessants de tokens entre la réserve et votre plateau joueur. Le risque d’avoir l’impression de “jouer à la dînette” pourra vite arriver… Un moyen malgré tout de plaire à un public plus jeune qui prendra sûrement plaisir à manipuler les piles, gouttes d’huile et autres circuits imprimés au gré des réparations et recyclages de leurs droïdes.
Enfin, même si c’est un détail, j’ai été surpris de ne pas avoir de carnet de scores sur lequel reporter les points des différentes familles de cartes à la fin de nos parties. Chaque joueur devra faire un petit calcul mental dans son coin et même si cela n’a rien d’insurmontable, disons qu’en 2025 et au sein d’un travail d’édition aussi léché ça fait un peu tâche.
En fait, Les Derniers Droïdes n’a rien d’un mauvais jeu. Mais le manque d’originalité de ses mécaniques, associé à sa trop grande permissivité dans la gestion des ressources le destinent avant tout à un public familial n’ayant pas essoré 7 wonders et sa multitude de clones plus ou moins réussis. A ce titre, la beauté de ses illustrations et son format contenu sauront capter le regard dans les rayons à l'approche des fêtes.
