Tel Philéas Fogg, embarquez dans votre montgolfière colorée et faites le tour du monde ! Vous découvrirez des panoramas où cohabitent renards, moutons et corbeaux à la recherche de fleurs diverses pour vous aider à scorer un max et humilier vos adversaires en fin de partie !
Pas dit que ça dure 80 jours par contre…
Nature et découvertes
Dans Panorama votre but est de composer un paysage de tuiles harmonieux afin d’accueillir des animaux propres à chaque environnement et qui viendront marquer des points s’ils sont accompagnés de leurs fleurs préférées.
Chaque joueur commence la partie avec une unique tuile représentant sa montgolfière. À votre tour, choisissez une tuile au sommet de l'une des piles centrales, déplacez votre jeton face à elle pour indiquer que vous la prenez, puis ajoutez-la à gauche ou à droite de votre panorama. Les bords des tuiles étant ondulés, vous devrez impérativement les faire coïncider. Libre à vous par contre de les décaler verticalement, tant que cette consigne d'imbrication est respectée !
La grande originalité de Panorama, le sel du jeu, vient de son principe de sélection des tuiles. Les pioches sont disposées en cercle : plus vous irez chercher une tuile dans une pioche éloignée de votre emplacement initial, plus vous devrez attendre avant de rejouer. Le risque sera alors de laisser à vos adversaires plusieurs tours de jeu avant que le pion Soleil ne revienne à votre niveau.
Pour le reste, on est sur du classique : vous chercherez à créer une continuité dans vos paysages, d’autant plus quand cela permettra d'associer des animaux à leurs fleurs. Les uns multiplient le score des autres, dans la pure tradition du genre.
Vous passerez donc votre temps à expérimenter des décalages verticaux de vos tuiles piochées pour tenter d’obtenir par exemple la plus longue montagne, remplie d’ours et d’edelweiss, tout en essayant d’étendre cette rivière ou ce ciel sans nuage requis par les objectifs de fin de partie. Car oui, pour corser un peu le tout, trois objectifs communs ajouteront dix points à celui ou celle qui y aura le mieux répondu (à choisir parmi une dizaine comprenant “avoir le plus de tel animal”, “avoir le moins de tuiles dans son panorama”, etc…).
Dès qu’une pioche est épuisée, le pion Soleil devient un pion Lune — signe que le voyage en montgolfière touche à sa fin — et on entame un dernier tour avant de compter les points d’animaux et d’objectifs. Le meilleur score l'emporte !
Rendez-vous en terre inconnue ?
N’y allons pas par quatre chemins : Panorama ne fait rien que vous n’ayez pas déjà vu ailleurs. En y jouant on pense en vrac à Kingdomino, Patchwork ou Dorfromantik pour les emprunts évidents aux systèmes de scoring, de pioche ou à ce côté “cosy game de pose de tuiles”.
Le nouveau titre de Jules Messaud s’inscrit donc dans cette vague de créations récentes qui tentent de concilier un ensemble de mécaniques connues et de les enrober d’un joli écrin matériel et visuel.
A ce titre le travail d’illustrations de Melody leblond est une réussite totale et donne une ambiance douce, ronde et colorée qui participe à cette sensation de “détente/cosy/chill” (mettez le mot que vous voulez pour dire qu’il n’y a aucune interaction active entre les joueurs).
Un énième joli jeu “qui ne réinvente pas la roue” (selon la formule désormais consacrée), serait-on tenté de dire… Et pourtant, mes parties de Panorama ont toujours été un franc succès. L’envie d’y revenir ne s'est jamais démentie et chaque personne le découvrant a passé un bon moment — au point même d’en redemander.
Alors pourquoi ?
Sûrement parce que le jeu ne tire jamais en longueur (comptez 15 à 20 minutes par partie) et qu’il délivre assez de petits dilemmes à résoudre pour plaire aux joueurs plus aguerris, tout en restant accessible et agréable pour un public familial. Son principe de sélection et la possibilité de décaler verticalement les tuiles y sont pour beaucoup. Voir son panorama se composer peu à peu procure toujours une vraie satisfaction personnelle, au-delà même de son score final !
Grâce à ces qualités, et comme beaucoup d’autres titres sur le même créneau, Panorama fédère sans mal un large public autour de la table. Le jeu se révèle d'ailleurs plus ou moins stratégique selon la configuration : à deux, il faut temporiser et surveiller le nombre de tours laissés à son adversaire, quant à quatre, on perd logiquement en contrôle ce qu’on gagne en opportunités et en fun.
La nouvelle production du Scorpion Masqué répond donc pile comme il faut à son cahier des charges : simple à comprendre, agréable à jouer, avec juste ce qu’il faut de complexité, le tout magnifiquement illustré. C'est le genre de boîte qu’on prend plaisir à ressortir entre deux gros jeux, ou pour une partie rapide avec les plus jeunes. Bref, c’est donc “bien fait”, aucun doute là-dessus !
Mais au-delà de ça, en évacuant la question de l’efficacité de Panorama, reste cette sensation étrange : celle de jouer de plus en plus aux mêmes jeux sous couvert d’une direction artistique/thématisation différente. Et dans un marché saturé, où les vingt nouveautés de la semaine chassent celles de la précédente, on est plus que jamais en droit de se demander la pertinence, économique et écologique, de ce genre de sorties.