L’Alchimie du jeu, un festival du jeu toulousain, nous a offert de bonnes surprises, des curiosités et quelques déceptions. Au milieu de toutes les découvertes de cette édition 2026, deux jeux nous ont particulièrement marqués : Papyria et Heroes : Write & Conquer. Deux coups de cœur très différents, mais qui nous ont immédiatement donné envie d’y rejouer après le festival.
Dans les allées d’Alchimie du Jeu
Le festival existe depuis 2002 et a énormément grandi : la première édition réunissait seulement quelques centaines de visiteurs dans une petite salle municipale. Aujourd’hui, sur leur site, ils annoncent 29 024 visiteurs cette année sur 3 jours. Malgré cette ampleur, l’ambiance reste très associative et conviviale. On sent vraiment que l’évènement est porté par des bénévoles et des passionnés du jeu.
Ce qui marque surtout, c’est la variété. Jeux de société de tous genres, prototypes, jeux de rôle, figurines (et peinture), TCG, escape games, auteurs, illustrateurs, jeux géants, jeux en bois… on passe en permanence d’un univers à un autre.
Et surtout, l’Alchimie du jeu est vraiment agréable à faire avec des enfants. Ils peuvent passer du temps à construire des structures en LEGO ou en K’NEX, peindre des figurines ou tester des animations pendant que l’on va soi-même essayer un gros jeu expert quelques allées plus loin ; puis tout le monde finit dehors autour des grands jeux en bois pour se défouler un peu avant de repartir explorer autre chose.
L’espace « Jeux de Demain » est très connu : on peut y tester des prototypes directement avec leurs auteurs, parfois encore très bruts, et voter pour ses découvertes préférées.
La bourse aux jeux est un gros morceau du festival. Par contre, c’est l’un des endroits où l’on ressent le plus le monde : les files d’attente peuvent devenir assez impressionnantes. Et c’est vrai aussi côté restauration.
Ce festival fait beaucoup d’efforts autour de l’accessibilité. Des espaces et des jeux adaptés à différents handicaps sont proposés, et il y a de nombreux bénévoles pratiquant la LSF. Ça participe beaucoup à cette impression d’évènement pensé pour accueillir des publics très variés.
J’ai quand même trouvé que la signalétique manque de clarté. Sur le plan, les tables de jeu sont indiquées comme « Éditeurs » sans nommer ceux-ci. Du coup, quand on cherche un jeu précis ou un stand particulier, on finit par tourner un peu en rond dans les halls.
Mais au final, si on se laisse porter, c’est un chouette festival, gratuit (parking aussi), et qui propose des jeux en avant-première.
Place maintenant aux deux jeux qui nous ont immédiatement donné envie de relancer une partie : Papyria, une énorme salade de points étonnamment fluide et satisfaisante, et Heroes : Write & Conquer, probablement le “write and” le plus ambitieux que j’ai pu essayer.
Papyria
Papyria est le genre de jeu qui impressionne immédiatement par sa présence sur la table. Le plateau découpé, les ressources en bois, les paysages que l’on construit petit à petit… l’ensemble est très réussi visuellement.
Du coup, le matériel est abondant. Tuiles, multiplicateurs, piles à installer un peu partout… En festival, pas besoin de gérer toute la mise en place, mais on sent qu’elle ne se fait pas en un clin d’œil.
Le cœur du jeu repose sur un parcours circulaire sur laquelle on déplace ses personnages pour récupérer ressources, tuiles, bonus ou déclencher des décomptes. C’est simple à comprendre, et très satisfaisant à optimiser.
Malgré un petit côté « construction dans son coin », le jeu n’est pas dénué d’interaction. On peut pousser un adversaire pour prendre sa place, récupérer une tuile avant lui ou perturber légèrement ses plans. Rien de très agressif, mais juste assez pour maintenir de la tension.
Chacun développe progressivement son territoire personnel. Forêts, montagnes, villes, temples, rivière… tout peut devenir une énorme source de points avec les bons multiplicateurs. Mais il faut aussi progresser sur sa piste de connaissance. Sinon, à chaque action de décompte, on est limité par celle-ci. Une idée très simple, mais extrêmement élégante. Impossible ici de construire « gros » dès le début et de marquer immédiatement des points par paquets de 30. En revanche, en fin de partie, les scores finissent par exploser dans tous les sens. Lors de notre partie à 3 joueurs, on termine à plus de 380, 360 et 100 et quelques points.
Le rythme est très agréable, les tours sont rapides et il y a peu de temps morts.
Par contre, il faut être clair : le thème reste décoratif. Papyria est un jeu très abstrait sous son habillage mésopotamien. Personnellement ça ne me dérange pas du tout, surtout avec un matériel aussi agréable, mais les joueurs cherchant une forte immersion risquent de rester un peu à distance. Un vrai jeu « salade de points » totalement assumé, et probablement l’un des plus agréables du genre que j’ai pu essayer récemment. Parce qu’il est dense, généreux, rempli de combos et de points dans tous les sens, mais étonnamment fluide et rapide.
Concernant l’édition française, Fentasy Games propose le jeu via un système inspiré du « P500 », c’est-à-dire un engagement d’intérêt sans avance d’argent ni véritable crowdfunding classique. Le fonctionnement de cette approche, pensée pour évaluer la demande avant production, est détaillé sur la page Board Game Commerce du jeu.



Papyria est un jeu conçu par Bernd Eisenstein et illustré par Daniel Cunha et Klemens Franz.
Heroes : Write & Conquer
Heroes : Write & Conquer fait partie de ces jeux qui surprennent très rapidement.
Au départ, il ressemble à un « write and » assez classique : une feuille, un feutre, quelques ressources à noter… puis la partie démarre, et le jeu révèle une expérience de stratégie et de développement étonnante.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est la sensation de progression. En à peine une heure, on développe réellement sa faction : exploration, bâtiments, recrutement, artefacts… Le jeu donne l’impression de construire quelque chose et de faire évoluer son plan de jeu. D’autant qu’il existe 6 factions asymétriques.
Mais surtout, Heroes : Write & Conquer possède un vrai côté « monde ouvert » : on circule sur la carte, on choisit ses objectifs, on décide quels combats mener, quels forts capturer, quels artefacts aller chercher. Le jeu donne cette sensation très jeu vidéo de partir explorer un univers et de construire sa propre aventure.
Le système de déplacement et de combat apporte aussi beaucoup de tension. Les règles restent simples, mais chaque affrontement devient un calcul : faut-il sacrifier des unités pour sécuriser un fort ? récupérer un artefact ? empêcher un adversaire de prendre l’avantage ? Comme toutes les unités engagées disparaissent, chaque décision compte.
Et malgré son format minuscule, le jeu donne une vraie sensation de « gros jeu ». Exploration, économie, optimisation, combats… plusieurs approches semblent viables, et les parties ne donnent pas l’impression d’être scriptées.
Le seul vrai bémol vient des manipulations de ressources. Les valeurs montent et descendent en permanence, on efface, on réécrit, on dépense quatre ressources, on efface et on se demande « Mince, combien j’en avais déjà ? » Rien de dramatique, mais ça devient parfois un peu fastidieux.
Au final, c’est le meilleur « write and » que je connaisse : réussir à proposer un jeu aussi dense avec si peu de matériel est assez impressionnant. Une feuille, un feutre, typiquement le genre de jeu parfait pour le train, les vacances ou un café, avec la sensation de jouer à quelque chose de bien plus ambitieux que son format ne le laisse penser.



Heroes : Write & Conquer est un jeu conçu par Egor Nikolaev et Yuri Zhuravljov.