Qu'on se le dise : l'automne arrive. Avec sa valse de cartables, ses chutes de feuilles aux teintes fauves et ses rassemblements d'oiseaux comploteurs le long des fils électriques.
Les jours raccourcissent, les pulls ressortent peu à peu et des hordes à plumes se prennent le bec en batailles rangées pour espérer avoir la meilleure place sur le toit de la maison de campagne ou la cime des pins parfumés.
Un conflit ailé auquel Perchés vous propose de prendre part, au coin du feu, une tasse de café à la main (c'est bientôt l'automne on vous dit !).
Bird on the wire
Le cœur du jeu se base sur un cycle de cinq manches durant lesquelles chaque joueur devra piocher quatre volatiles et décider de leurs lieux de villégiature.
A notre tour on pioche donc deux piafs de notre couleur, que l’on complète par deux autres issus d’un sac opaque préalablement rempli à chaque début de manche par tous les joueurs.
On peut ainsi se retrouver avec des oiseaux adverses en main qu’il faudra placer malgré tout, de la même manière que les nôtres, à tour de rôle sur des tuiles “lieux” disposées sur la table. Évidemment, tout le jeu consiste à trouver le moyen d’avantager le moins possible leur propriétaire !
Car les différents lieux de base rapportent des points en fin de manche selon si vous êtes premier, deuxième ou troisième en nombre d’oiseaux empilés dessus. Et il sera parfois plus intéressant de chercher à être deuxième sur certaines tuiles, ou de tout faire pour que deux joueurs soient ex-aequos afin qu’ils ne remportent rien au profit du troisième.
De quoi provoquer pas mal de négociations, d’alliances provisoires et de trahisons autour de la table !
Sauf que ça ne s’arrête pas là.
Le plateau de jeu est également composé de lieux “spéciaux” et de lieux “créatures”. Si les premiers ajoutent des règles spécifiques (un nombre maximum d’oiseaux à ne pas atteindre sur certaines tuiles, etc…), les seconds donnent la possibilité au joueur majoritaire de prendre le contrôle d’une créature sur la manche suivante. Chien, chat, aigle, renard… autant d’animaux capables de chasser les oiseaux qu’il faudra donc tenter d’avoir de notre côté pour les utiliser à bon escient. Quitte à ce que ce soit contre nos propres piafs.
Car la dernière brillante idée du jeu réside dans le fait que les oiseaux “éjectés” des tuiles iront directement sur un plateau annexe représentant une fontaine et ses différents étages. Ce lieu sera un véritable Valhalla pour vos guerriers à plumes : plus vos oiseaux seront placés haut sur cette fontaine, plus ils rapporteront de points en fin de partie. Mais pour atteindre les sommets, il faudra avoir préalablement rempli les emplacements (limités) des étages inférieurs. Une course au places qui imposera un dilemme constant : se précipiter pour s’assurer les étages du bas, ou attendre le bon moment pour s’emparer des places les plus prestigieuses, au risque de voir un adversaire les revendiquer avant nous ?
Free Bird
Pour moi, Perchés est un quasi sans faute. C'est bien simple : le jeu excelle dans absolument tout ce qu’il propose. De ses trouvailles de gameplay à la qualité de son matériel, tout dans ce jeu donne envie d’y revenir.
L’étape de la pioche dans le sac est toujours un petit événement : si au début on espère avoir uniquement nos oiseaux, on se rend vite compte que la possibilité de placer les volatiles adverses peut être tout aussi profitable. Alors on négocie avec les joueurs qui possèdent des piafs de notre couleur pour qu’ils ne les mettent pas n’importe où. On fomente des plans pour occuper la fontaine avant les autres. On élabore des stratégies en essayant de se faire discret...
Bref, les cinq manches amènent une interaction qui va crescendo, tandis qu'on prend plaisir à manipuler et empiler les jolis petits oiseaux en 3D et le matériel du jeu dans son ensemble.
Une qualité d'édition qui s'applique jusqu'aux inserts (cette “roue” remplie d’oiseaux multicolores !) et qui contribue beaucoup au plaisir de ressortir le jeu. D'autant que la rejouabilité n'est pas en reste grâce à un nombre de tuiles “lieux" conséquent et la possibilité de rajouter des objectifs secrets à chaque joueur.
Surtout, le jeu révèle peu à peu des subtilités stratégiques vraiment réjouissantes (Le plateau fontaine et les différentes tuiles “créatures” y sont pour beaucoup, même si certaines semblent un peu plus fortes que d’autres). Ne vous fiez pas aux très élégantes illustrations d’Ari Oliver qui nimbent le jeu d’une ambiance calme et aurorale, dans Perchés tout est fait pour qu'on se vole dans les plumes !
Dans cette optique, on sent bien que le jeu est conçu pour être joué à partir de trois joueurs, mais l’automa proposé lorsqu’on joue à deux est si fluide et discret que les parties restent tout aussi agréables et tendues.
En fait, j’ai trouvé Perchés tellement réussi que je déplore qu’il soit sorti en plein mois de juillet, à une période où les ludicaires sont désertés par le public cible.
Car malgré ses airs un peu mignons, le jeu s’adresse avant tout à des tablées de joueurs plutôt initiés. Les règles s’expliquent assez facilement mais l’interaction directe, l’anticipation demandée et les multiples choix offerts rendront le jeu un peu trop frustrant pour les plus jeunes. Par contre, dès 13-14 ans (comme indiqué par l’éditeur) ça devrait faire son petit effet !
Bref, dès que vous serez rentrés de vacances et avant que la pléthore de jeux de cette fin d’année ne vienne tout balayer, donnez une chance à l’excellentissime Perchés ! Si vous cherchez un jeu original, joli, fluide, et bourré d'interaction, c’est vraiment une très (très) bonne pioche !
