La colère, l'envie, l'avarice, la luxure, l'orgueil, la gourmandise et la paresse. Les principaux vices humains, devenus tendances ces dernières années grâce à de nombreuses œuvres mémorables (dont Seven, l'un des meilleurs films de tous les temps), sont encore une fois remis au goût du jour avec Carnival of Sins, dernière hype du rayon jeu de bluff pour tout public.
Mais justement, ne serait-ce pas là le plus grand péché du fan de jeu de société ?
Le péché originel
Carnival of Sins un jeu de cartes à capacités uniques dans lequel il faut réussir, pour l'emporter, à obtenir le plus de points de la table après 7 manches strictes. Une manche est toujours initiée par celui qui possède la carte Diable devant lui, qui se voit dès lors invité à lancer un pool commun de 7 dés, dont 1D6 blanc et 6 dés noirs de différentes tailles (allant de 1D4 à 1D20).
Une fois le lancer effectué, les joueurs doivent sélectionner simultanément une de leurs cartes en main et la poser face cachée devant eux, avant que chacun révèle sa carte (en partant du lanceur) et réalise le pouvoir indiqué dessus.
Certaines cartes obligent à prendre des dés directement au milieu de la table, comme la Gourmandise (le plus grand dé), la Paresse (le dé le plus proche) ou l'Avarice (deux dés de valeurs identiques). La Luxure fonctionne un peu différemment, puisque si elle oblige à prendre un dé pair et un dé impair, elle permet d'en récupérer au maximum un chez un joueur ayant déjà sélectionné des dés.
Carnival of Sins propose aussi des pouvoirs un peu plus originaux, comme celui de copier le gain du joueur qui a la carte Diable (Envie), relancer n'importe quel dé en s'offrant la chance de taper les autres (Colère) ou prendre la carte Diable tout en scorant les dés restants (Orgueil).
Dans tous les cas, il faut savoir, primo, que le dé blanc ne peut jamais être pris et est seulement comptabilisé que par celui ou ceux empochant le moins de points après le décompte de ladite manche. Deuxio, que les joueurs débutent tous la partie avec la même main de 7 cartes (représentant chacune l'un des 7 péchés capitaux), et ne peuvent récupérer aucune des cartes jouées lors des manches précédentes !
Vices et vertus
Comme le disais jadis une enseigne de la haute gastronomie européenne, entre vous et nous, c'est une histoire de goût. Et malheureusement, peu de chance que je m'assoie régulièrement à la table de tous les joueurs dithyrambiques ayant essayé Carnival of Sins durant les derniers festivals de jeux afin de taper le bout de cartilages de poulet aggloméré.
Pourtant, côté édition, Carnival of Sins ne peut que mettre tout le monde d'accord.
Le travail de la carte est fabuleux, des illustrations somptueuses aux dorures et vernis dignes des grandes maisons parigotes. On pourra par contre frémir que les inscriptions des dés s'effacent avant la barre fatidique des 12 lancers cumulés, mais une aussi jolie collection de dés pour ce prix, c'est quand même un gros kiff. Et le tout prend place dans une boite incroyable que ne renierait pas Dior / Chanel / Louis Vuitton / Ikea (ne gardez que la marque que vous envoie le plus d'étoiles dans les yeux), pour un effet au déballage assuré.
Et le pire c'est que, côté gameplay, pas de grosse lacunes non plus : Carnival of Sins vise l'ultra efficace, en mêlant le hasard des dés à un système de sélection de pouvoirs pour un "entertainment" assuré, via la part de guessing et les surprises que la programmation cachée déclenche indubitablement. Alors oui, il faudra peut-être une partie complète pour complétement absorber les différentes capacités de cartes, et surtout commencer à prendre la mesure des possibilités tactiques que le jeu peut offrir. Mais l'iconographie est vraiment efficace, et je crois que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un gameplay au ratio complexité / accessibilité aussi bien calibré ... sur le papier.
Car le problème, c'est qu'en partie, cela reste un peu plat à mon goût. Est-ce la faute à cette mécanique de lancer de dés qui n'arrive pas à générer l'émulation d'avant manche escomptée ? Est-ce la faute à des pouvoirs de cartes qui se montrent peut-être un peu trop sages pour générer une ambiance et des mots doux résolument hilarants ?
Il y a certainement un peu de tout cela dans mon impression de traverser une partie de Carnival of Sins bien trop calmement au vu du potentiel du jeu. Rien n'est heureusement totalement préjudiciable, et j'ai pu voir certains groupes de joueurs s'enivrer davantage des rebondissements que peuvent offrir un gameplay quand même bien calibré (si je dois rester objectif).
Reste que pour moi et mes joueurs habitués, ce Carnival of Sins manque d'équilibre global. Primo, car il propose une arythmie de partie qui se montre un peu déstabilisante, du totale manque de contrôle des premières manches à des choix quasi imposés dans les dernières rondes. Secondo, car des gimmicks cognitifs prennent vite le dessus sur les composantes sociales vantées par le gameplay avec la répétition des parties, surtout si vous êtes placés aux extrémités de la table lors d'une manche.
Rien de grave au global, mais assez pour me dire que ce n'est pas l'élu des jeux de bluff et "d'ambiance" qui animera toutes mes prochaines soirées !
