Un vent glacial vous agresse dès que vous mettez le nez dehors, faisant claquer le bout de votre écharpe mal rapiécée. Vous jetez un dernier coup d’œil sur l’abri que vous vous apprêtez à quitter, la peur au ventre, à moins que ce ne soit la faim qui tiraille votre estomac vide depuis deux jours. Vous n’avez pas le choix évidemment - il va bien falloir trouver quelque chose à manger - et pourtant vous hésitez : le froid pourrait être tout aussi mortel que la faim au vu des températures négatives. Et bien entendu, il y a aussi ces foutus morts-vivants. Vous essayez de vous rassurer en touchant la crosse de votre arme, mais une petite voix intérieure vous prévient : l’utiliser pourrait créer plus de problèmes qu’en résoudre…
Fear the last of us
Dead of Winter est un jeu de survie semi-coopératif dans lequel vous incarnez un groupe de survivants lors d’une apocalypse zombie. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, vous allez faire face à de rudes conditions hivernales en prime. Trouver de la nourriture, des armes et de l’essence deviendront vos mantras, tandis que vous lutterez contre la morsure du froid… et celles des infectés.
Chaque partie commence par le choix d’un scénario principal. Il détermine à la fois les conditions de départ de la colonie et de ses environs, ainsi que l’objectif commun à atteindre pour tous les joueurs. En plus de ce dernier, chaque joueur reçoit un objectif secret et doit choisir, parmi quatre survivants, le binôme le plus apte à former son groupe de départ.
Pour gagner la partie, un joueur doit s’acquitter à la fois de son objectif personnel ET de l’objectif commun avant la fin du décompte de tour. À ceci près qu'un traître peut s'être glissé au sein de la colonie... avec pour but de faire échouer l’objectif commun. De quoi créer un peu de paranoïa autour de la table.
Au début de chaque round, lancez vos dés d’actions (un par survivant +1), révélez la prochaine carte Crise et vous voilà paré à braver l’enfer blanc. Si certaines actions nécessitent un résultat précis (l’attaque ou la fouille), d’autres peuvent se réaliser avec n’importe quel résultat (construire une barricade ou nettoyer le logis par exemple). Il est évidemment plus héroïque - ou dangereux, selon le point de vue - d’achever un zombi, mais il est tout aussi nécessaire de maintenir la base dans un état acceptable.
En plus des ressources en nourriture qu’il faut ramener régulièrement à la colonie sous peine de subir une famine, prévoir un stock de médicament ou quelques bidons d’essence peut s’avérer bien utile. La mise en commun des ressources durement acquises à l’extérieur sera la clé de la réussite… sauf si vous préférez vous la jouer solo. Mais attention, si le moral flanche ou que les barricades sautent, il se peut que vous soyez tout aussi mort que les compagnons d’infortunes que vous n’avez pas voulu aider.
Enfin, les cartes Crossroads finissent d’apporter une dernière touche de chaos dans la Cité du Raton-laveur (nom non-officiel) avec de potentiels évènements un peu plus rôle-play et autres dilemmes moraux à résoudre.
11 Years after
Si je vous parle de Dead of Winter après tant d’années, c’est parce que cette boîte reste l’une de mes préférées à ce jour. Outre l’équilibre savamment bien pesé de ses mécaniques, ce jeu offre une véritable ambiance à travers son thème - certes classique - de survie en milieu hostile.
Alors que certains choix peuvent paraître évident pour le groupe (« Va au supermarché, il nous faut de la nourriture »), ils ne colleront pas forcément avec les objectifs personnels que vous souhaitez atteindre (« Va chercher la nourriture toi-même, je vais au poste de police chercher des armes »). Dans un monde où la moindre denrée compte, voilà qui ne manquera pas d’éveiller les soupçons, que ce soit à tord ou à raison (« Est-il un traître ou simplement égoïste ? »).
De la même manière, incarner un traître demande un certain sens du timing : il faut savoir distiller la mauvaise information ou « oublier » de contribuer au pot commun au moment opportun, sous peine d’être exilé avant même d’avoir pu mener à bien son plan machiavélique.
Il est évident que les fans de zombis se retrouveront dans la proposition d’Isaac Vega et Jon Gilmour, tant l'amour pour le genre est palpable. Toutefois les fans de jeux de coopération ne seront pas non plus oubliés. L’habituel problème de « l’alpha » est habilement esquivé en obligeant les joueurs à se méfier les uns des autres et chacun devrait trouver sa place dans la colonie en fonction de ses personnages. Les amateurs de rôle-play ne seront pas en reste, avec la possibilité d’appuyer ses actes par de longues tirades plus ou moins convaincantes. Préparez vous à faire face aux meilleurs baratineurs de votre entourage si vous vous lancez dans l’aventure.
La qualité de l’édition est également au rendez-vous, avec des figurines et des tokens en cartons double couches aussi bien agréables à l’œil qu’au toucher. Les illustrations et leur style « comic book US » collent parfaitement au thème général et devraient ravir les survivalistes de tout âge. Après 11 ans d’utilisation, je reste impressionné par la robustesse du matériel : cartes, socles et lieux sont toujours en excellent état malgré de très nombreuses parties. Quand bien même je n’aurai pas craché sur des ressources en bois, le prix reste cohérent avec la quantité et la qualité du contenu proposé.
Je terminerai en parlant rapidement de la seconde boite, servant à la fois de stand alone ou d’extension en fonction de si l’on possède le jeu de base ou non. Si l’ajout de deux scénarios et des nombreux héros supplémentaires est sympathique, beaucoup de matériel se retrouve forcément en commun aux deux boîtes. À choisir je conseillerai aujourd’hui aux nouveaux venus de se contenter de l’une ou de l’autre, et de ne réserver qu’aux véritables fans l’achat de l’ensemble.
En proposant une simulation d'apocalypse zombie aussi réussie, je place facilement Dead of Winter dans les meilleurs jeux de sa catégorie. Gestion des ressources, des différents groupes, de la tension, des choix, tous les ingrédients sont là pour que vous passiez un excellent moment en sa compagnie !
Il aura fallu un certain temps avant que vous ne puissiez mettre la main dessus, mais voici chose faite : la clé du garde manger est désormais vôtre. Sans une once de culpabilité, vous engouffrez l’ensemble des provisions de la colonie dans différents sacs à dos. Il ne vous reste plus qu’à tout accrocher à la moto-neige récemment découverte et partir loin d’ici. Niklaas, Bishop et Calliopé risquent évidemment de ne pas passer l’hiver, mais la voix a toujours été très claire : vous seuls comptez…