Les jeux c'est comme les vins, il est très rare d'inventer de nouveaux cépages mais on crée de nouveaux assemblages et on se laisse surprendre par leurs notes, leurs goûts et leur robe qui peuvent être excellents ou tout bonnement fades.... Aujourd'hui, dans l'avalanche de nouveautés ludiques qui sortent chaque année, il est de plus en plus difficile de jouer à un jeu vraiment original dans sa mécanique. Et bien Once Upon A Line fait partie de cette catégorie !
Le concept peut faire grincer les dents des avares de jeux kleenex (comme Exit ou Pandémie Legacy). Reste qu'il s'agit d'un jeu narratif... à gratter.
Comment on y joue ?
Le livret de règles est très clair et illustré de nombreux exemples, ce qui peut aider lors de certaines situations où l'on finit par avoir un doute : "j'ai le droit de gratter comme ça déjà ?"
Chaque chapitre se compose d'une grille illustrée ainsi que d'un paquet de cartes. Sous la grille se cachent des mots à la façon mots fléchés ou Scrabble. À son tour, on utilise les actions de nos héros pour gratter la grille et faire apparaître les mots de l'histoire. Mais attention : tout mot n'est pas nécessairement bon à être dévoilé et certains malus peuvent apparaître si notre grattage manque de déduction logique.
Pour ça, chaque héros (deux ou trois en fonction du chapitre) possède quatre casiers action et cinq tuiles action allant de une case à cinq cases en ligne. Une "action de grattage" consiste à choisir une ou plusieurs tuiles et à les poser dans un casier action d'un héros afin de gratter le nombre de case choisie sur la grille, toujours en partant d'un mot déjà révélé appelé mot d'ancrage.
Quand tous les casiers d'un héros sont occupés ou qu'il n'a plus de tuiles, c'est la tuile ! Il est trop fatigué et il faut gratter un sablier sur la ligne de tragédie pour récupérer toutes ses tuiles action et libérer ses casiers.
La ligne de tragédie symbolise le temps qui passe au cours de l'histoire et engendre des malus (réduction de taille de tuile action, blocage de casiers, ...), car oui ! Le temps est compté et vous n'aurez pas tout le loisir de papillonner à la découverte de toute la grille !
À chaque mot Histoire de la grille (commençant et finissant par un trait | ) correspond une carte contenant une avancée de la trame narrative ainsi que de nouveaux mots à trouver dans la grille. D'autres mots, dits mots de Pouvoir (encadré d'un trait | et d'une accolade { ), permettent d'améliorer les talents de nos héros.
Enfin, sans trop de spoil, certaines cartes vous proposent parfois des énigmes à la "Père Fouras" qui vont titiller votre connaissance de la langue de Molière afin de progresser dans le jeu.
Une histoire aux multiples embranchements
Divisée en cinq chapitres (plus un prologue), l'histoire, finement écrite, nous mène dans le monde post-apo de Kell où les insectes géants cohabitent avec les humains et dont l'équilibre politique est menacé de toute part. On retrouve plusieurs factions, les Lépidorés, les Mousts, Les Scars, les Fourmilliars et j'en passe, chacune avec ses propres intérêts et ses propres héros. C'est vraiment bien écrit, un bonheur pour les amateurs de fantaisie. Les multiples embranchements de l'histoire vous feront découvrir certaines facettes du monde en fonction de vos choix et les quêtes annexes vous permettront d'approfondir la psychologie des personnages.
On ressort de chaque chapitre avec une irrésistible envie de savoir la suite et de regratter une nouvelle grille.
Le jeu s'accompagne de 3 extensions, deux d'entre elles (La Transe des Poissons d'Argent et Splendeur et Déchéance) explorent des personnages annexes du monde de Kell et peuvent être jouées avant la boite de base débloquant ainsi des héros supplémentaires pour la saga principale. La troisième (Larmes de Fond) est "indépendante" et plus longue avec quelques mécaniques innovantes. Toutes les histoires s'entremêlent, ce qui provoque son petit effet "Waaaouhh" sur la création de l'univers.
Le FOMO qui frustre
Le jeu peut s'avérer frustrant par richesse et sa difficulté : soyons clair, oui, vous allez louper des trucs, oui, vous n'arriverez pas à faire toutes les quêtes annexes, oui vous n'aurez pas le temps de découvrir tous les mots d'une grille et oui c'est rageant parce que vous n'y jouerez probablement qu'une fois mais finalement, plutôt que de regretter ce qu'on loupe, pourquoi ne pas se satisfaire de ce qu'on découvre ?
L'éditeur propose des recharges pack à 8€ pour réinitialiser le jeu, pour ceux qui voudrait tester une autre fin, tout débloquer ou simplement prêter leur jeu à des amis.
Une fois que vous êtes averti, la frustration sera moindre ! Ajoutez à cela, des illustrations sublimes (y a quand même 10 artistes cités sur la boite, c'est pas rien !) qui permettent de se plonger pleinement dans le monde de Kell et ses nombreuses castes et traditions. Clairement ça vaut le coup, vous ne serez pas déçu !