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PARLONS JEU DE SOCIÉTÉ !
CRITIQUE
Schotten Totten 2
Tous derrière William Valise

Reiner Knizia. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais dans le monde ludique, c'est une pointure. En 20 ans de "carrière", le mathématicien allemand a collaboré à pas moins de 600 jeux, ce qui en fait de loin l'auteur le plus prolifique de l'histoire du jeu de société.

Bien sûr, dans sa ludothèque, il n'y a pas que des créations uniques. Il y a aussi des suites, ou des revisites intéressantes de certains de ses titres. Mais il y aussi des variantes un peu "faciles" de ses précédents succès, qui surfent sur l'aura du maestro et peut-être conçues pour mettre un peu de caviar sur les épinards à moindre frais. Une catégorie à laquelle appartient Schotten Totten 2 ?

Brave Heart

Ce jeu reprend les bases de l'excellentissime Schotten totten premier du nom (une référence du jeu à deux, et clairement l'un de mes préférés). Chaque joueur tente de conquérir des bornes en tentant de placer au devant une série de cartes plus fortes que son adversaire, suivant des combinaisons très axées poker (la suite bat la couleur, qui bat la somme etc...). Mais si dans l'original chaque joueur jouait un chef de clan écossais ayant chacun le même objectif de victoire, à savoir remporter trois bornes adjacentes ou cinq bornes au total, notre ami Reiner a décidé d'innover pour fêter les vingt ans du jeu en se la jouant... asymétrique.

Dans cette version 2020, un joueur dirige en effet la destinée d'un chatelain assiégé, et l'autre celui d'un assaillant bien décidé à percer les entrailles de sa forteresse (le jeu ne nous dit pas pourquoi, mais nul doute que ce n'est pas seulement pour profiter du feu de cheminée et des marrons chauds). Les deux joueurs n'ont donc pas le même but : Le maître des lieux doit tenir le siège jusqu'à la fin de la pioche de carte principale, alors que l'attaquant doit affaiblir quatre sections de muraille différentes, ou affaiblir deux fois la même.

Pour les habitués de l'original, il y a quelques variations à prendre en compte. On perd déjà une couleur de carte, pour gagner deux chiffres en plus sur les séries restantes. Le champ de bataille ne comporte plus 9 "tuiles" à conquérir, mais seulement 7, ce qui concentre l'action sur un champ de jeu plus restreint. L'attaquant dispose désormais d'un droit de retrait, alors que le défenseur peut jouir de jetons huile bouillante permettant de défausser des cartes adverses.

Mais la modification majeure vient de la manière de prendre les murailles. Dans cet opus, chaque segment dispose de règles particulières, indiquées à même la tuile via une iconographie plutôt limpide. Une limite de cartes à ne pas dépasser, une combinaison attendue, ... chaque mur impose ses contraintes, son propre défi, qui demandent encore plus de justesse et de sens du bon choix au moment de jouer l'une de vos cartes en main.

Cœur défaillant

Et cette surcouche de complexité nuit très clairement à l'expérience. La force de l'originale, c'était d'offrir des règles simples, un jeu évident mais non moins profond, tout en laissant une certaine latitude aux joueurs pour se créer ses stratégies et improviser suivant ce qu'il tire comme carte à chaque tour. Tout l'inverse de Schotten Totten 2 qui, par sa volonté de rendre le jeu plus "expert", se rajoute surtout deux gros défauts.  

Le premier, c'est son dirigisme exacerbé, qui limite les choix du joueur et rend d'autant plus importante la chance au tirage des cartes. Dans le premier, si vous attendez un 9 et que vous n'avez que des 2, vous pouviez toujours "charger" une borne un peu excentrée en attendant. Ici, si toutes les murailles vacantes attendent du bleu, vos cartes rouges ne vous serviront à rien, et ce pendant longtemps.

Le second vient du fait que l'on peut, grâce aux "pouvoirs", plus facilement altérer les cartes posées autour de la muraille. L'idée de base est intéressante, et était déjà présente dans la version "tactique" du premier opus (une variante reprise ici avec un jeu de cartes supplémentaires disponible dans la boîte). Mais si dans l'originale cette capacité était dosée avec parcimonie, le jeu en devient ici trop chaotique, rendant une vraie réflexion sur le long terme pieuse vu qu'à tout moment, l'adversaire peut faire disparaître une carte du plateau de jeu.

Schotten Totten 2 n'est pas un mauvais jeu. Il tient les bases de casino conquête de son aînée, qui ont fait leurs preuves et font encore de ST1 l'un des incontournables en duo (je vous ai déjà dis que j'adorais ce jeu ?). Mais clairement, Schotten Totten 2 est raté. Ce n'est ni une évolution experte, ni un jeu qui gagne en réelle profondeur avec ses ajouts.

Si vous suivez mes critiques, vous savez que l'une de ses "revisites" de monsieur Knizia m'avait déjà profondément agacée. Et là, je me demande vraiment quelle raison me pousserait à conseiller Schotten Totten 2, surtout qu'il y a quelques mois l'auteur a concurrencé son propre bébé avec une version remise au goût du jour de Battle Line, une version médiévale de son titre phare un peu plus charnu niveau règles.

Jusqu'à en vouloir à Reiner Knizia ? Je n'irai pas jusque là. Car il faut l'avouer, entre quelques excès de facilités / erreurs de parcours, le génie sait nous pondre des merveilles (Tigre et Euphrate, El Dorado, Blue Lagoon). J'attends la prochaine avec impatience. 

Editeur(s)
Iello
Auteur(s)
Reiner Knizia
Illustrateur(s)
Djib
Mécanique(s)
collection
Interaction(s)
blocage vol
Nombre de joueurs
2
Date de sortie française
2020
Âge recommandé
8+
Durée de partie
30 min
ACHETER SUR
J'AIME
Tout la magie de base de Schotten Totten 2 en mode asymétrique ...
JE N'AIME PAS
... sans le contrôle et la richesse de choix
EN RÉSUMÉ
L'idée de créer une version asymétrique de Schotten Totten 2 était bonne à la base. Mais elle est finalement mal exécutée, et s'avère encore moins intéressante stratégiquement que l'original.
12 / 20
Ça se joue

Le jeu en détail

Complexité
Familial ou occasionnel
Schotten Totten 2 ajoute quelques règles en plus que son aîné, mais rien d'insurmontable pour un enfant déjà joueur ou un adulte lucide.
Interactivité
Élevée
Qui dit jeu de conquête et d'agression, dit on dépend beaucoup des choix de l'adversaires et on va lui en mettre plein la tronche !
Thématisation
Moyenne
Même avec juste des numéros et des couleurs, on arrive à se projeter mentalement dans cette histoire de siège, bien servie par des illustrations rigolotes bien senties et un matériel qui fait le taf.
Originalité
Oui, mais rien de transcendant
Un Schotten Totten avec des conditions de victoire différentes pour chaque joueur, et des règles de pose spécifiques sur chaque tuile, on a connu plus ébouriffant.
Mise en place
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Très rapide, une à deux minutes de préparation.
Prise en main
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Des règles basiques, simple à prendre en main.
Rangement
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Boîte un peu simpliste, mais ça fait le travail.
Rejouabilité
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Comptez deux ou trois parties de vrai plaisir, après on se lasse.
La tablée idéale selon moi : A deux (surprenant), avec sa moitié ou l'un de ses chérubins avant le coucher. Un jeu hasardeux, cela ne fait pas trop chauffer les neurones.

Discutons du jeu

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