Vous avez fait le plein d'essence, vérifiez les niveaux d'huile et visser confortablement votre casque sur la tête ? Ce n'est qu'une partie des préparatifs dans Thunder Road : Vendetta. Car ici pour gagner, il va falloir certes passer en premier la ligne d'arrivée. Mais sans avoir au préalable détruit quelques concurrents à la sulfateuse ou en les poussant dans le ravin !
Into the Wild
Refonte d'un jeu qui a fait le bonheur des familles dans les années Nonante (oui j'essaie de me faire bien voir par nos chers voisins francophones), Thunder Road : Vendetta est un jeu de course prenant place dans un univers post-apocalyptique à la Mad Max, autant dans l'aspect cosmétique que son fondement.
Et pour cause : Le vainqueur est celui qui est le premier à franchir la ligne d'arrivée (classique), ou est le dernier équipage en lice (moins traditionnel). Tirs de missile dans les roues, poussettes dans le décor, déclenchement de carambolages en chaîne ... tous les coups sont alors permis pour mener à bien votre mission, surtout que dans Thunder Road : Vendetta, la ligne d'arrivée n'apparaîtra sur la piste qu'au moment où l'un de vos concurrents est totalement éliminé de la partie !
Mais avant de se lancer sur la grande route centrale qui semble interminable au départ, chaque joueur doit se saisir d'un plateau modulaire, d'un jeu de dés, d'un hélicoptère et de 3 voitures de différentes tailles à la couleur de son équipe. Les dimensions de ces dernières ont d'ailleurs une importance en course, car quand la plus petite aura plus de chances d'esquiver les tirs ennemis, la plus grande aura le droit à relancer les dés spéciaux s'il rentre en collision avec des modèles de taille inférieure.
Le fonctionnement du jeu est plutôt simple, puisque qu'avant le début de chaque manche, les joueurs doivent lancer leurs dés, puis tour à tour déplacer un véhicule de la valeur de l'un de leurs dés jusqu'à épuisement des possibilités de chacun.
Il faut savoir que chaque véhicule ne peut bouger qu'une fois par manche, sauf si le joueur a déjà perdu définitivement au moins un de ses destriers métalliques, au quel cas il a le droit, une fois tous ses véhicules déplacés, d'assigner les dés restants dans l'espace Roue Libre (pour une case de déplacement supplémentaire). Il est aussi possible, une fois par manche, d'affecter un dé supplémentaire à l'une des actions spéciales de son plateau secondaire, allant de la réparation d'un dégât subit à utiliser son hélicoptère de combat.
Et durant un déplacement, il peut se passer énormément de choses. Rien que des cases spéciales imprimées (boue, gel, rampe, ...) aux tuiles dangers qui vous obligent à les retourner et de subir les conséquences de l'évènement indiqué (écart, tonneau, embardée, ...), le circuit offre un large panel d'aléas modifiant le comportement des véhicules impliqués.
Reste que si lors d'un déplacement, vous atterrissez sur un emplacement occupé par une autre voiture, vous êtes dans l'obligation de stopper votre mouvement et lancer deux dés spéciaux (collision et direction) pour savoir quel véhicule doit se déplacer d'une case attenante, avec bien sûr le risque de collisions en chaîne. Et si par heureux hasard vous terminez votre déplacement derrière un adversaire, vous aurez parfaitement le droit de tenter un tir avec le dé du même nom, avec le tirage d'une tuile dégât pour la cible mouvante en cas de réussite.
Et comme expliqué plus haut, Thunder Road : Vendetta se joue en deux phases. Tant qu'un adversaire n'est pas éliminé de la course, la course est sans fin, vous obligeant à rajouter un nouveau plateau à la suite du plus avancé dès qu'un véhicule atteint son extrémité. La conséquence fâcheuse de tout cela, c'est que le dernier de la file et tout son contenu est alors mis de côté, véhicules (hors hélicoptères) compris. Par contre, dès que la condition est remplie, la frise ligne d'arrivée est directement ajoutée à la zone de jeu. Et si fortuitement vous aviez bien calculé votre coup en restant à quelques encablures du bout du circuit, c'est la victoire (quasi) assurée !
Boulevard de la Mort
Thunder Road : Vendetta, c'est indiscutablement un gameplay qui propose ... du pur fun en barre. Doubler plusieurs adversaires en faisant des doigts (optionnel), pousser un joueur dans un obstacle infranchissable pour écarter son véhicule définitivement de la course, envoyer son hélico chatouiller le pot d'échappement d'un leader de peloton un peu trop présomptueux, se jeter sur une rampe en espérant ne pas faire un lancer de dés qui nous ferait tomber dans les flammes, ... le jeu regorge de situations qui provoquent le sourire et les échanges cordiaux, et valorisant comme il se doit un mix de règles simples et une interaction marquée très bien calibré.
Pour sûr, on est sur un jeu où l'aléatoire est roi, le chaos sa destinée, le manque de contrôle sa plus fidèle maîtresse. Et il faudra savoir débrancher son cerveau cartésien pour pouvoir profiter de l'expérience grisante offerte par un jeu "à la Destruction Derby" qui, si vous êtes l'heureux(se) possesseur(se) de l'édition Maximum Chrome, déborde de modules offrant largement de quoi agrémenter vos différentes parties.
Alors certes, j'ai quelques doutes sur la pertinence des modificateurs liés à des paquets de cartes additionnelles (hors Situation Routière), un peu simplistes dans l'ensemble. En revanche, le reste du contenu est du bain béni : Quand les plateaux route supplémentaires sont une vraie manne de nouvelles mécaniques et de regain de tension en course, l'extension Carnaval au Val du Diable (lié au feu) rajoute une surcouche difficile à mettre de côté après essai.
J'aime aussi beaucoup les personnages aux capacités asymétriques, qui se rendent vite indispensables tant ils donnent de la personnalité à chaque team et oblige à jouer de leurs qualités. Et bien sûr, il faut parler du convoi Max Titan, un assemblage de trois remorques surarmés, et des Cinq Bécanes, des motos individuelles aussi agiles que fragiles. Des véhicules additionnels qui ont le bon ton de renouveler les sensations tout en offrant aux participants de jouer jusqu'à 5. Et qui dit route encore plus saturée, dit ambiance démultipliée !
Mais voilà. J'ai beau apprécié faire découvrir le jeu sur mes tables, j'ai beau me rappeler chaque partie que j'ai joué tant leurs conclusions ont marqués les esprits (en donnant souvent davantage raison aux plus opportunistes ou chanceux qu'aux fins tacticiens), je ne peux m'empêcher de penser que Thunder Road : Vendetta n'est pas l'indispensable que j'espérais de tous mes vœux en backant ma boîte deluxifiée en 2024.
La première raison serait ses mécanismes un poil datés. S'il m'est difficile de ne pas commencer par la composante d'élimination définitive en pleine partie (tellement persona-non-grata aujourd'hui), j'ai surtout un problème avec cette double phase de jeu extrêmement déséquilibrée, à la fois dans les temps de jeu et les émotions ressenties. Car quand la première met vraiment du temps à déployer sa tension et peut sembler un peu longuette pour un jeu "tout public" (visez minimum l'heure de jeu à 4), la seconde peut prendre fin aussi vite qu'elle est apparue, tout en créant un petit questionnement "tout ça pour ça ?" un peu désagréable chez certains.
Est-ce que le gameplay aurait mérité d'être modernisé ? Oui je pense, rien que pour corriger un titre dont le bon fonctionnement dépend totalement de l'agressivité des joueurs (vous pouvez littéralement jouer des jours entiers si aucun joueur ne s'attaque !). Mais au delà de cette évidence, je pense que supprimer la possibilité de se réparer (en augmentant les points de vie si besoin), ajouter des tuiles danger positives (comme des armes plus fortes à usage unique), offrir des points à ceux qui détruisent des adversaires tout en permettant à tous de passer la ligne d'arrivée pour réaliser un classement complet ... sont quelques petites idées qui auraient selon moi apporter plus de dramaturgie et de peps aux parties, tout en accentuant l'intérêt des joueurs à prendre des risques insensés.
Suis-je trop gourmand ? Avais-je trop d'attentes envers un jeu que j'ai attendu plus d'un an ? C'est possible, et cela ne m'empêche pas de dire que Thunder Road : Vendetta reste un excellent choix pour qui cherche un jeu rassembleur au thème impeccablement propulsé et qui sait écrire des histoires dont on se rappelle des mois après.
Restera quand même aux nombreux intéressés à se délester de trois billets de 50 euros pour acquérir l'engin. Un tarif que le travail de "restauration" qui en jette (art visuel, matériel, système de thermoformage) et la grosse rejouabilité de l'ensemble arrivent à justifier en grande partie. Mais peut-on vraiment décemment conseiller un jeu si "simple" à ce prix dans ce monde 2025 actuel ?