Ultimediation est un jeu coopératif atypique qui prend le contrepied de nombreux titres du genre. Ici, pas de héros surpuissants ni de montée en puissance individuelle : les joueurs incarnent des médiateurs interstellaires envoyés sur Terre pour tenter de contenir une série de crises majeures menaçant l’équilibre mondial. Le ton est immédiatement donné : coopération, anticipation et communication seront les clés de la victoire… ou de l’échec.
Derrière son thème de science-fiction coloré se cache en réalité un jeu exigeant, parfois même impitoyable, qui mettra à rude épreuve la coordination du groupe. Ultimediation ne cherche pas à séduire par la facilité, mais par la profondeur de ses mécaniques et la richesse des situations qu’il génère partie après partie.
Une mise en place impressionnante et un matériel généreux
Dès l’ouverture de la boîte, Ultimediation impose son identité visuelle. Le plateau principal, représentant une carte du monde stylisée et foisonnante de détails, occupe une place centrale sur la table. Autour de lui viennent se greffer de nombreux emplacements dédiés aux cartes Médiation, Besoins, Attaques, Désastres ou encore Pouvoirs, donnant immédiatement le sentiment d’un jeu dense et très structuré.
Les personnages jouables — médiateurs, médiatrices, protecteurs, télé-portatrice — se distinguent clairement par leurs couleurs et leurs capacités spécifiques. Chacun dispose de son propre plateau individuel, lisible et bien pensé, qui résume efficacement les actions possibles et les pouvoirs spéciaux. Cette différenciation renforce l’asymétrie entre les rôles et pousse naturellement les joueurs à coopérer en exploitant les forces de chacun.
Les nombreux jetons, cubes et cartes participent à cette sensation de richesse. Le jeu demande un certain temps de mise en place, mais celui-ci est cohérent avec l’ambition du titre : Ultimediation veut proposer une expérience complète, presque systémique, où chaque élément a son importance.
Un jeu coopératif exigeant, basé sur la communication et l’anticipation
Sur le plan ludique, Ultimediation s’inscrit dans la lignée des grands jeux coopératifs “tendus”, où la moindre erreur peut avoir des conséquences lourdes. Les joueurs doivent constamment gérer l’apparition de nouvelles crises, répondre aux besoins des populations et anticiper les effets en chaîne provoqués par les cartes Attaque ou Désastre.
La grande force du jeu réside dans son équilibre entre contrôle et chaos. Les joueurs disposent de véritables leviers d’action, mais jamais suffisants pour tout gérer simultanément. Il faut donc faire des choix, parfois difficiles, et accepter que certaines zones du plateau se détériorent temporairement pour en sauver d’autres. Cette tension permanente crée des discussions intenses autour de la table, chaque tour devenant un exercice de priorisation collective.
L’originalité d’Ultimediation tient aussi à sa manière de valoriser la médiation plutôt que la confrontation. Ici, on ne “combat” pas une crise : on tente de la désamorcer, de la contenir ou de la transformer en opportunité temporaire. Cette approche donne au jeu une identité très marquée et le distingue clairement des coopératifs plus classiques basés sur l’élimination pure de menaces.
Une montée en pression constante jusqu’au dénouement
Au fil de la partie, Ultimediation installe une montée en pression particulièrement réussie. Les premières phases servent souvent à comprendre les rôles, à tester les synergies et à stabiliser tant bien que mal la situation globale. Mais très vite, le jeu accélère, multipliant les événements négatifs et réduisant la marge de manœuvre des joueurs.
Cette progression est d’autant plus efficace que le jeu ne pardonne pas l’approximation. Une mauvaise anticipation ou un tour mal optimisé peut créer un effet boule de neige difficile à rattraper. À l’inverse, une équipe bien coordonnée, capable de communiquer efficacement et de planifier plusieurs tours à l’avance, pourra ressentir une réelle satisfaction en parvenant à reprendre le contrôle d’une situation qui semblait perdue.
Ultimediation brille particulièrement dans ces moments de bascule, où la victoire ou la défaite se jouent à peu de chose. Le jeu sait maintenir l’engagement de tous les joueurs jusqu’au bout, sans temps mort, avec un sentiment d’urgence qui ne faiblit jamais.
Un jeu exigeant qui ne conviendra pas à tout le monde
Ultimediation est indéniablement ambitieux. Mais cette ambition a un prix. Le jeu demande un réel investissement autour de la table : concentration permanente, communication active et capacité à accepter une pression constante. Il ne s’agit pas d’un coopératif “détente” que l’on sort en fin de soirée.
Sa courbe d’apprentissage peut également freiner les joueurs occasionnels. La première partie ressemble souvent davantage à une session de découverte qu’à une véritable tentative optimisée. Les nombreuses cartes et effets imbriqués peuvent générer une sensation de surcharge cognitive, surtout si un joueur prend trop naturellement le lead stratégique.
Enfin, son exigence peut devenir frustrante pour des groupes moins homogènes. Une mauvaise coordination ne pardonne pas et le jeu peut alors paraître punitif plutôt que stimulant.
C’est précisément pour cela qu’Ultimediation ne vise pas tout le monde — mais qu’il peut réellement séduire un public de joueurs coopératifs expérimentés en quête d’un défi structuré et stratégique.