Les jeux de négociation, c'est vraiment pas mon truc. Car entre mon éloquence au raz des pâquerettes, l'obligation d'essayer de manipuler les foules avec son charisme (100% l'inverse de moi) et le fait que dans ce genre de jeu, la réussite est complètement soumise à la volonté des joueurs, il y a tout ici pour me faire fuir à l'énoncé des mécaniques principales. Et pourtant, je ne sais pas si c'est mon côté masochiste qui essaie de se révéler au grand jour, ou le vain espoir récurent de devenir une meilleure version de moi même avec les décennies, mais j'avais furieusement envie de m'essayer ... à Waterfall Park.
Il y a certainement un peu du thème qui a provoqué cela, basé sur le défi d'installer mieux que les autres vos attractions dans un parc en pleine mer à construction verticale. C'est un peu barré c'est sûr, pas certain que cette vision très arrangeante pour le gameplay procure une immersion sans faille, mais construire des manèges me met toujours en joie. Et un titre qui pousse autant les potards des couleurs fluos fait forcément briller la rétine, surtout avec l'année écolo-politico-foi-en-l-avenir exceptionnelle que l'on vient de connaître.
Puis, il y a quand même l'annonce d'un titre qui prône une totale liberté. Emplacements, tuiles attractions, points de victoire (qui font aussi office de monnaie), ... et ce dans l'importe quelle quantité ou combinaison, tous les éléments de Waterfall Park sont négociables.
Vous pouvez rajouter à cela le jeu des promesses futures à la réalisation aléatoire (seules les propositions lors des transactions à effet immédiat sont à respecter), et le fait que rien n'interdit dans la notice de proposer des avantages annexes. J'ai d'ailleurs souvenir d'avoir réussi à négocier avec le fiston du temps de veille contre un de ces meilleurs emplacements, et j'en suis plutôt fier ...
Et il y a forcément ce gameplay très intuitif de Waterfall Park qui reprend pas mal de rouages de Chinatown, un illustre titre Aléa de la fin du siècle dernier connu pour être aussi intense qu'un peu longuet. Les puristes retrouveront d'ailleurs dans cette nouvelle mouture les phases de distribution d'emplacement et de commerces, le développement par adjacence de tuiles de même type, et surtout la phase de revenus avec des versements qui vont crescendo avec la taille de ses constructions, et encore plus quand elles sont complètes.
Reste qu'ici, tout a été simplifié : On passe de 6 manches à 4, le plateau de jeu ne contient plus que deux zones distinctes pour faciliter les négociations, et désormais les emplacements en touchent six autres pour rendre la construction plus souple... ce qui fait de Waterfall Park un titre encore plus accessible et fluide dans son déroulé que son aîné.
Et là, comme on dit dans le milieu du disco club, on est sur deux salles deux ambiances.
Vous jouez souvent en famille ou avec des amis pas très portés sur le jeu de société ? Il y a de grandes chances que vous puissiez embarquer tout le monde pour une heure (règles comprises) de joie et de bonne humeur, grâce à son gameplay "bon enfant" (où l'entraide sera toujours plus productive que miser sur le tirage) et la dimension "fun" conservée de certains rouages du jeu d'origine (comme les gains tenus secrets jusqu'au bout par exemple).
Et en plus de cela, Waterfall Park attenue grandement toute possibilité d'être frustré, en ouvrant notamment davantage le territoire de jeu pour que tout le monde ait l'impression de se développer en continu quelque soit ses talents en société.
Par contre, pas sûr que le jeu vous convienne si vous voulez vraiment mettre à l'essai votre talent de fin négociateur.
Car on ne va pas se le cacher, la valeur des choses dans Waterfall Park a énormément moins de valeur que dans Chinatown, tant la carte est grande et permet désormais de s'implanter partout, et tant le choix de proposer désormais deux jeux complets de chaque attraction augmente considérablement les possibilités de finaliser ses constructions. Et forcément, avec un aspect conflictuel très nettement amoindri et des négociations qui fond chou blanc qui ont moins d'impact sur le déroulé de son plan tactique, on perd en grande partie ce qui donnait du sens et du mordant au jeu d'origine. Et même si vous n'y avez jamais joué, je ne suis pas sûr que vous vibriez des masses en enchainant les tours.
Bien sûr, vous trouverez toujours un intérêt d'aller discuter avec un voisin, et ce que l'on perd en coups bas et en haussement de voix désespérés sont compensés par un vainqueur beaucoup plus difficile à anticiper. Mais Waterfall Park ne propose selon moi pas assez de tension pour faire d'une partie entre "joueurs" un événement, surtout qu'en plus de cela, le temps de jeu trop court rend les victoires bien moins savoureuses qu'attendues.
Et comble du gars qui ose parler d'écologie quand sa passion détruit des forêts à la pelle, j'ai quand même un peu de mal avec cette débauche de plastique (so eightie's) dans la boîte que je trouve aussi moche que mal étudiée. Mettez la boîte sur la tranche et vous comprendrez....
Assez pour clamer que Waterfall Park est une réédition nulle et inutile ? Non, rien que pour nos grands enfants et les familles qui peuvent désormais s'essayer à du pur jeu de négociation, tout en n'ayant plus peur de vexer ou de passer pour le sans-cœur de l'année. Et tous ceux à qui je l'ai fais essayer ont vraiment adoré !
Mais à titre perso, j'aurai largement préféré une revisite modernisée du jeu d'origine en conservant un thème similaire et surtout son apprêté légendaire. Peut-être lors d'une v3 qui sait !

