Benji : Selon mon avis personnel, le jeu expert a un avenir sur les plateformes de financement participatif. Certains types de jeux experts, particulièrement ceux avec des grosses figurines qui sont difficiles à vendre...
David : Peut-être pas cette semaine, mais rien que la semaine passée, il y en avait au moins quatre ou cinq qui dépassaient le million en même temps.
Benji : Oui, mais pour le coup, d'octobre, novembre, c'est toujours un truc un peu...
David : Ouais, donc les acheteurs, ils sont encore là. Et puis d'ailleurs, si ça continue, c'est qu'il y a la place.
Benji : Par contre, on peut faire l'hypothèse, en tout cas, moi, c'est l'hypothèse que je me permets de poser, c'est qu'un certain nombre de jeux ne seront plus intéressants à acheter sur les plateformes de financement participatif, notamment les jeux initiés, parce que là, les coûts de frais de port, les coûts supplémentaires et l'attente du jeu ne se justifieront pas, finalement.
Mathieu : Surtout un peu les jeux qui sont en précommande, s'il y en a.
Benji : Oui, c'est ça, bien sûr.
(retranscription d'une émission privée de l'équipe pour la réalisation du concept)
Oui. Le financement participatif a déjà récupéré tous les ameritrash et il commence maintenant à récupérer les eurogames (Sweetland étant le dernier exemple).
Les jeux experts étant chassés des boutiques, ils se retrouvent de + en + sur KS / Gamefound. Avec évidemment une forte composante de deluxification. Le financement retrouve un peu son but d'origine : Faire des jeux qui n'ont plus leur place dans le commerce.
Oui. Clairement le profil des jeux en financement participatif a beaucoup évolué ces 5 dernières années. Si Kickstarter et consorts ont initialement pour but d’aider des petits auteurs ou éditeurs indépendants à sortir leur jeu, on est maintenant assez loin de cette utopie. Beaucoup de jeux de cet acabit ne financent plus, et on met souvent en avant l’amateurisme de ces productions alors que c’était l’essence même de ces réseaux.
Aujourd’hui ce qui fonctionne c’est la deluxification à outrance et le contenu inédit. De plus en plus, ces plateformes deviennent un moyen détourné de réaliser des préventes sous prétexte de deluxification. Et vu les résultats des jeux d’Awaken Realms, ou de Glass Canon Unplugged, on constate qu’il y a un réel attrait autour de ces campagnes.
Et s’il y a des dérapages autour de ces pratiques (Mythic Games, CMON), je pense que tout n’est pas à jeter. Clairement, certains jeux ne pourraient pas être viables en boutique. Celles-ci devant se faire une marge, certains jeux avec un matériel premium seraient beaucoup trop chers et ne trouveraient pas acquéreurs. Sans oublier que cela donne également la possibilité aux joueurs du monde entier, via une seule plateforme, d’acheter des jeux de tout horizon, et donc de découvrir tout un tas de pépites qui ne seraient peut être jamais éditées chez eux.
Oh que oui, et les chiffres le montrent. Maintenant, il ne faut pas faire n'importe quoi. Le cas de Mythic Games a été particulièrement préjudiciable dans le milieu. Il y a un véritable "avant/après" le fiasco
Mythic Games, un marché qui a pris un sacré coup, notamment vis-à-vis de la confiance des backers, et c'est légitime.
Mais oui, il y a de la place. Justement, pour les projets plus risqués, ceux qui ne trouveraient pas d'éditeur car trop incertains, car le prix en boutique serait beaucoup trop élevé, et d'autres éléments.
Maintenant, pour parler du jeu en lui-même, on continue de voir des projets très ambitieux trouver leur public, et c'est une belle alternative pour les joueurs plus exigeants, qui y trouvent plus facilement leur bonheur.
Une certaine méfiance s'est installée vis a vis des campagnes de financement mais malgré tout, je pense qu'elles ont toujours un avenir.

Je suis de la vieille école, c’est un fait : j’aime aller fouiner dans ma boutique préférée, y repérer les jolies boîtes, avant d’éplucher les livrets de règles. Du coup, forcément, le pledge et moi ne sommes pas vraiment copains. Trop de théorie, pas assez de concret, le tout pour des délais, mine de rien, assez élevés. D’un autre côté, aussi naïf que cela puisse paraître, j’aime cette idée de mettre en relation un créateur avec sa communauté, et de lui permettre ainsi de « laisser sa chance » à un autre type de contenu. Bref, si ce format n’est pas forcément fait pour moi, il ouvre une voie tout à fait louable pour qui souhaite s’y lancer.
Je nuancerais cependant un brin mon propos, au vu de certains exemples que je trouve « problématiques ». À la base, je considère ces plateformes comme faites pour une personne (ou une petite boîte) qui n’aurait pas les fonds requis pour se lancer. À la limite, et au vu de certains abus de la part d’éditeurs peu scrupuleux, je peux également comprendre que ce système cherche à rendre la filière un peu plus directe, en ouvrant la possibilité à l’édition de jeux moins chers, ou plus fournis pour un prix identique.
Maintenant quand je vois certaines rééditions ou certains jeux - dont le succès est d’ores et déjà assuré - sortir sur une plateforme participative, je trouve ça un peu malhonnête. Déjà parce qu’on annihile totalement le but initial de la participation, mais aussi parce que ces « projets » vont forcément phagocyter l’attention (et l’argent) qui aurait pu revenir à d’autres. Combien de jeux ne verront pas le jour à cause d’un pledge insensé à quatre millions de dollar sur un autre ? Et combien de ces « réussites » n’auraient-elles pas été éditées autrement ?
Juste comme ça : qui trouverait normal de pledger le prochain jeu Fifa ou le prochain album de Taylor Swift ?

Les plateformes de financement participatif comme Kickstarter ou Gamefound ont profondément changé le paysage du jeu de société. Elles ont permis à de nombreux projets, souvent ambitieux ou originaux, de voir le jour sans passer par le circuit classique des éditeurs. Cependant, leur rôle a évolué. Ce qui, au départ, était un moyen de donner une chance à des créateurs indépendants est devenu aujourd’hui un outil marketing à part entière.
De plus en plus, ces campagnes servent à créer de la rareté artificielle, à entretenir le “hype” autour d’un jeu, et à capter l’attention d’un public déjà acquis. En réalité, si un jeu est bon, il finira par trouver son public, qu’il soit passé ou non par le financement participatif. Ce dernier reste un tremplin intéressant, mais il n’est plus indispensable : il reflète davantage une stratégie de communication qu’une nécessité de production.
N'y connaissant pas grand chose en financement participatif, je vais me contenter d'un simple "j'en sais rien" !
Et vous, qu'en pensez-vous ?
(merci à Benji, Coralie, David, Fiona, Mathieu, Niels, Yoël et Zeugma pour leur participation à cet article. N'hésitez pas à consulter leurs contenus respectifs, on est ici sur la crème de la crème ludique !)











