Tous les hommes vous le diront : Ce n'est pas la taille qui compte, mais l'amour et le plaisir que l'on arrive à donner avec. Age of Galaxy, une micro boîte qui se prend pour un 4X, tente de confirmer l'adage. Pari réussi ?
Titan A.E.
Age of Galaxy est un jeu de développement civilisationnel qui vous place au contrôle d'une alliance interstellaire pouvant accueillir jusqu'à 3 factions aux pouvoirs uniques. Coloniser des planètes, développer des technologies, récupérer des ressources précieuses et vous battre pour la suprématie de la galaxie seront ici votre quotidien avec un objectif, empocher plus de points de victoire que votre adversaire.
Mais avant de commencer, il faut déjà configurer l'Espace de vie commun, une suite de cinq cartes systèmes dont les trois dernières sont placées face cachée, et distribuer sept cartes factions à chaque joueur. Si vous avez la possibilité de défausser jusqu'à trois cartes pour en retirer le même nombre, vous devez finir d'en choisir une comme faction principale. Les autres pourront elles être jouées en cours de partie, soit pour obtenir des bonus immédiats, soit pour bénéficier de leurs capacités permanentes ou actions supplémentaires.
La partie en elle-même se déroule en cinq manches fixes. Chaque manche débute toujours par une phase de Production, où vous allez pouvoir gagner autant de crédits qu'indique votre marqueur de production, activer toutes vos capacités "écrous" et récupérer trois cubes d'action.
Ces derniers doivent être utilisées, à tour de rôle et à raison d'un par tour de table, pour effectuer l'une des 9 actions de base du jeu, tout en sachant que le résultat peut être affecté par une technologie ou une capacité de faction.
Fabriquer un croiseur (contre 2 crédits), Fouiller (pour obtenir 1 crédit) ou Récupérer pour transformer des jetons découvertes en jetons reliques (pour 3 crédits chacun) sont à effectuer directement sur le plateau actions. Vous pouvez aussi agir sur votre plateau personnel ou certaines de vos cartes factions via l'action Recherche, afin d'activer des capacités permanentes contre un coût de 3 crédits ou 1 découverte, auquel il faut rajouter 1 découverte si c'est une technologie avancée.
La zone commune propose aussi 3 cartes commerce, tirées avant le début de la partie, sur lesquelles vous allez pouvoir profiter d'un espace libre pour échanger des ressources (action Commerce).
Côté plateaux systèmes, vous pouvez Coloniser une planète en plaçant un cube directement sur l'astre désiré, tant qu'il respecte votre portée et qu'une de vos cartes factions vous permettent de vous poser dessus. Mais vous pouvez aussi rajouter un cube par dessus un à votre couleur déjà disponible pour la Développer, ce qui vous ouvre par la suite l'action Nominer, permettant d'aller chercher des points de victoire au congrès galactique contre trois jetons d'Influence à chaque fois. Cette action est disponible sur le plateau commun G&A qui propose aussi l'action Explorer, qui permet de récupérer une tuile découverte à portée en échange d'un croiseur.
Vous pouvez aussi jouer une carte de votre main en plus d'une action comme nouvelle faction de votre alliance, ce qui offre des bonus et éventuellement des capacités permanentes et une nouveau type de planète colonisable. Mais une carte peut être aussi jouée comme idéologie principale (elle vient alors se glisser sous votre faction principale) ou comme renfort, pour ses bonus immédiats imprimés en bas à gauche.
Une fois que tous les joueurs ont dépensé leurs cubes, on déclenche (sauf lors de la première manche) une phase de Guerre. Celui qui possède la majorité de croiseurs et de symboles "boucliers" devient alors Overlord et remporte des avantages et peut prendre le contrôle d'une planète adverse non protégée, c'est à dire un astre d'un joueur qui possède moins de croiseurs que de planètes conquises.
On finit une manche par la phase Galactique, une étape de réinitialisation où l'on doit notamment révéler la prochaine tuile système, avancer le marqueur de progression d'une tuile et modifier les jetons ordre de tour selon les marqueurs sur la piste de points de victoire !
Sunshine
Commençons par les deux gros trucs qui m'embêtent dans ce Age of Galaxy : Son design et son "accessibilité". Pour le premier point, si j'omets les illustrations de cartes vraiment chouettes, je ne peux pas en dire autant des plateaux et cartes de scoring communs, qui avec leurs couleurs grisâtres et cette police carrée prédominante vraiment pas attirante donnent plus l'impression d'un proto que d'un jeu qui veut vous immerger dans son univers.
Concernant le deuxième point, j'inclus dans ce terme le mini livret de règles pas cadeau du tout (je conseille fortement de lire les règles en pdf), et surtout cette boîte trop "rikiki" pour ranger le matos rapidement et sans s'arracher les cheveux (j'aime l'idée de portabilité et du transport éco-responsable, mais là c'est quand même pas très pratique ...).
Par contre, sur la proposition encombrement / profondeur de jeu, Age of Galaxy réussit totalement son pari. Exploration, quête de ressources, colonisation, développement technologique, combat, et même commerce (même s'il est surtout pour des avantages individuels) ... cette "suite" de Age of Civilization a le mérite d'offrir l'éventail des saveurs que l'on trouve habituellement dans un gros jeu de gestion et de conquête et ce dans une petite boîte, pour des parties ne dépassant (en plus!) pas 20/25 minutes par joueur.
Alors c'est sûr, la contrainte de compacité, autant du matériel que des règles, fait que beaucoup de ces aspects sont fortement simplifiés. Avec des arbres de technologies sont figés dans le marbre, une composante exploration de la galaxie est très dirigiste et peu sujette à contraintes (accentuant davantage son côté plateau de suivi et de progression), une guerre qui transpire davantage au travers d'une course à l'armement qu'une interaction vive facilement évitable (si tout le monde fait bien attention à avoir assez de croiseurs à la fin d'une manche) ... Age of Galaxy ne pourra pas vous offrir la profondeur narrative, mécanique et épique d'un Eclipse, Twilight Imperium ou Voidfall (pour en citer un récent), c'est une certitude.
Pour autant, ce Age of Galaxy a bien plus de fond qu'il n'y parait de prime abord, bien aidé par sa composante développement de moteur serré qui demande à faire de grands choix tout au long de la partie et de vraies belles idées de gameplay pour enrichir tout cela.
J'aime beaucoup à ce sujet le concept d'âge d'or, qui permet de récupérer des cubes pour des actions additionnelles quand une carte Commerce est totalement remplie. Un système qui s'avère aussi savoureux qu'il renforce astucieusement l'obligation de suivre ce qui se passe chez vos voisins, surtout avec ce système de transvasement de fin de manche qui peut vous surprendre désagréablement si vous n'y faites pas attention.
Mais clairement, le grand point fort d'Age of Galaxy est sans contestation possible à chercher du côté de son système de cartes aux multiples utilisations. Les factions font beaucoup de la personnalité du jeu, et permettent autant de spécialiser fortement votre civilisation que vous offrir des boosts déterminants en partie si vous les utilisez au bon moment. Et il faut avouer que tirer 7 cartes sur 40 à chaque tentative, vous obtenez une variance bien assez excitante qui donne envie de retourner dans le jeu plusieurs fois pour découvrir les autres "races" et tenter d'autres approches.
Et pour un gars qui suit habituellement peu convaincu par la rejouabilité de toutes ces titres qui prônent un "grand jeu dans une petite boîte" (dont les Tiny Epic, localisées par le même éditeur), je ne peux que m'incliner sur ce dernier Pixie Games, autant sur sa valeur de relecture que son gameplay bien assez dodu pour donner envie d'y revenir plusieurs fois.
Je reste néanmoins un vieux monsieur, donc je ne vous mentirai pas que préférerai toujours sortir un classique du "dev" spatial dans des conditions optimales (temps et confort de ma table intérieure). Mais je suis bien heureux d'avoir un Age of Galaxy dans ma ludothèque si je n'ai qu'une heure devant moi ou que je prévois de glisser un jeu dans une valise déjà surchargées (ma tenue en latex prend déjà beaucoup de place). Et je pense que vous serez beaucoup dans ce cas-là !

