Un écosystème digne de ce nom passe forcément par un cycle durable de sa chaîne alimentaire : Les gros mangent les petits, qui eux se vengent ensuite en refilant désagréments (piqûres, phobies) ou pire, maladies mondiales pas très sympathiques. Merci les chauves-souris ... Et si notre Mère la terre doit faire face aujourd'hui à une espèce spécialement invasive (nous), les dinosaures n'étaient pas plus faciles à gérer à l'époque, les plus gros spécimens carnivores pesant jusqu'à 8 tonnes et pouvaient engloutir 250 kilos de viande en une bouchée !
Si difficile est-il à régler, c'est ce problème d'équilibre constant auquel va vous confronter Gods Love Dinosaurs, un petit jeu de développement familial signé Kasper Lapp pour Pandasaurus Games (à l'international) et Catch Up Games (dans l'hexagone). Et ici, il est question de jongler entre pas moins de trois destinées... rien que ça.
La première, c'est celle des proies (rats, grenouilles, lapins), dont il faudra s'assurer qu'ils aient assez d'espace dans leur biome naturel et au moins un représentant encore en vie pour leur permettre de se reproduire.
Ces gentils animaux seront pris en chasse par de vils prédateurs (tigres et aigles). Ceux-ci ont chacun leur déplacement spécifique, et devront à chaque fois absolument trouver de quoi se nourrir pour se reproduire et surtout ne pas mourir de faim.
Deux castes que tout opposent et qui ont pourtant, dans Gods Love Dinosaurs, un ennemi commun : Le tyrannosaure. Lui a un déplacement beaucoup plus souple, mais doit aussi se rassasier s'il ne veut pas disparaitre de la surface de votre plateau personnel. Contraintes supplémentaires pour le prince des lieux, il est obligé de finir son mouvement dans une montagne, et ne peut donner naissance à un nouvel être cher seulement si son nid d'origine est libre ... et s'il a bien sûr un œuf frais et dispo.
Toute la comptabilité de Gods Love Dinosaurs repose d'ailleurs sur ces carnivores géants, l'addition de vos dinosaures et œufs restants dans votre écosystème personnel faisant votre score en fin de partie. Tous les autres meeples ne servent en fait qu'à créer l'environnement le plus propice pour le développement de l'espèce reine du titre.
Et comment qu'on fait me direz-vous ? C'est simple, en agissant essentiellement avec le plateau commun Animaux. Celui-ci affiche un tableau de 5 colonnes de 2 à 3 emplacements chacune (selon le nombre de joueurs) et une piste dinosaure horizontale en dessous de celui-ci. Le plateau est de base remplit avec des tuiles double hexagone de niveau 1, et chaque joueur débute son aventure avec une tuile de départ spéciale, comportant un nid de dinosaure et les trois biomes proie.
À son tour, un joueur n'a qu'une action possible : Prendre la tuile de son choix et de la placer dans son "monde", avec pour seule obligation qu'elle rentre en contact direct avec une autre tuile.
Dès qu'un joueur prend la dernière tuile d'une colonne, cela déclenche l'effet du type d'animal indiqué en dessous de la colonne. Reproduction pour les proies, déplacement et repas pour les prédateurs, ... chaque joueur effectue simultanément les actions dédiées à l'espèce, et doit enchaîner sur celles du dinosaure si le meeple correspondant se trouve exactement sous la colonne activée.
Dans tous les cas, on termine le tour en repeuplant la colonne de nouvelles tuiles du même niveau (ou en passant aux suivantes si le paquet est vide) et en avançant le meeple T-Rex d'une case vers la droite du plateau général.
Et s'il y a une qualité que l'on ne peut pas enlever à Gods Love Dinosaurs, c'est le plaisir de sa découverte. Une boîte terriblement aguichante, un travail d'illustration étincelant, un matériel de très haute volée (mais vous avez vu ses petits animeeples ?), ... c'est un vrai kif de manipuler l'ensemble et de le voir évoluer sur la table.
Côté gameplay, si l'idée de manipuler la chaîne alimentaire rappellera sans doute de mauvais souvenirs de cours de biologie, tenter de créer un écosystème viable apporte des questionnements originaux et des sensations gratifiantes que l'on retrouvent finalement dans très peu de jeux de pose de tuiles du marché.
La petite touche interactive du titre donne un caractère taquin vraiment pas déplaisant à l'ensemble. Rassurez-vous, ce n'est pas un jeu où le conflit dicte sa loi. Vous aurez toujours la direction des opérations et le loisir de planifier votre évolution comme vous le souhaitez (en prenant en compte bien sûr le certain hasard offert par les tuiles). Mais un petit regard inopiné chez votre adversaire le plus coriace, un déclenchement d'espèce qui ne l'arrange vraiment pas à ce moment là de la partie, peut vous offrir un bel avantage tout en créant de la vie dans des mondes que vous allez forcément un peu construire chacun de votre côté.
Le souci avec Gods Love Dinosaurs, c'est qu'une fois qu'on commence à comprendre la mécanique générale, à trouver l'équilibre mathématique pour faire survivre une progéniture si riche, le jeu perd son intérêt. Et plus vite qu'on ne le pense.
Car dans l'état, le jeu se montre trop simple, avec des proies qui ne se déplacent pas et ne servent que d'encas, des prédateurs simples à gérer et des dinosaures dont il est assez aisé de gérer la prolifération. Un petit niveau de complexité, même facultatif (comme la gestion de la nourriture pour les proies), aurait selon moi ajouté une émulation personnelle qui a tendance à trop vite disparaître après deux ou trois parties. Et je pense qu'un peu de folie (comme des évènements inopinés) n'aurait pas fait de mal à un ensemble finalement très répétitif.
Il faut dire que Gods Love Dinosaurs souffre aussi d'une mise en place un peu longuette au vue de son format (surtout si n'avez pas trié les tuiles en amont), et d'un thermoformage chouette mais pas pratique à l'usage.
Un ensemble de griefs qui me font dire aujourd'hui que Gods Love Dinosaurs n'arrive pas à dépasser son statut de sublime objet ludique d'une ou deux parties maximum. Reste qu'il saura toujours trouver son public fan de dinosaures, de pose de tuiles accessible. Voir même donner un peu de baume au cœur aux fans de jeux d'évolution, une thématique à fort potentiel mais bien trop rare dans nos rayons !

